Quel avenir pour le prix du gaz ?

Deux brûleurs d'une cuisinière à gaz[AFP/Archives]

Soumis à une douloureuse hausse rétroactive des tarifs du gaz, le nouveau gouvernement a promis une "réforme structurelle" des prix, qui serait la troisième en autant d'années après deux révisions opérées par la droite, en 2010 et 2011, jamais réellement appliquées.

"On change tout le temps, chaque mouvement tarifaire fait l'objet d'un psychodrame, on a une formule tarifaire qui a été contestée, auditée, modifiée, adaptée aux prix de marché", souligne Bruno Lechevin, délégué général du Médiateur national de l'Energie, l'autorité de protection des consommateurs.

"Alors s'il faut de nouveau changer les règles du jeu, pourquoi pas, mais faisons-le une bonne fois pour toutes", assène-t-il.

Dans son viseur: la révision des prix chaque trimestre, qui transforme les prix du gaz en serpent de mer avec des semaines de fuites, rumeurs et polémiques de retour tous les trois mois, et un non-respect quasi-systématique des solutions trouvées.

"Il vaudrait mieux qu'il n'y ait qu'un seul mouvement par an. Et surtout il faut qu'on soit capable d'appliquer les nouvelles règles du jeu une fois décidées, dans la durée et de façon transparente", dénonce M. Lechevin.

De l'opérateur historique GDF Suez qui s'agace de voir les règles changer en permanence aux associations de consommateurs qui dénoncent des hausses injustes, en passant par les concurrents mécontents de hausses trop faibles, la question des tarifs du gaz a le mérite de mécontenter pratiquement tout le monde.

"On déplore surtout qu'on soit enfermé dans des mesures d'urgence et de court terme" pour tenter de limiter les hausses des tarifs gaziers, explique de son côté Thierry Saniez, délégué général de l'association CLCV. "La décision du Conseil d'Etat montre bien qu'on est au bout d'une logique".

Selon une source proche du dossier, la formule actuelle indiquait une hausse de 4,1% pour GDF Suez en juillet. Mais d'autres éléments venaient s'ajouter: selon une note publique de la CRE, le gendarme du secteur, une hausse de 2% était également prévisible pour la distribution.

Au final, le gouvernement s'est engagé à limiter la hausse totale à 2%.

Tarification progressive

La France doit en la matière se conformer aux directives européennes qui imposent que le prix du gaz couvre les coûts de GDF Suez (le gaz lui-même, mais aussi le transport de GRT Gaz, la distribution de GrDF, le stockage, etc).

Le gouvernement Fillon, tiraillé entre obligations économiques et volonté politique de préserver le pouvoir d'achat, avait choisi un gel des prix tout en promettant des révisions de formule en urgence.

Sans succès: le Conseil d'Etat l'avait rappelé à la loi et contraint à une hausse de 4,4% en janvier. Un deuxième coup de règle est tombé mardi sur ses successeurs avec l'obligation d'un remboursement rétroactif voisin de 280 millions d'euros par les consommateurs pour la période octobre-décembre 2011.

Mardi, le gouvernement Ayrault a promis "en concertation avec le Parlement, une réforme structurelle des tarifs de l'énergie".

Le député François Brottes, le "Monsieur Energie" au Parti socialiste, a indiqué à l'AFP qu'il prévoyait de déposer en septembre une proposition de loi promise par le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.

"Il y a un chantier sur comment on calcule les coûts, un autre sur qui décide entre le régulateur et l'Etat et un troisième sur les économies d'énergie qui passent par une responsabilisation avec des tarifs progressifs", a-t-il expliqué.

Une tarification progressive qui signifie que les prix de l'électricité et du gaz seraient plus élevés lorsque la consommation d'un client est forte, ce qui n'exclut pas forcément les plus modestes aux logements "passoires énergétiques".

En France, quatre millions de foyers (soit huit millions de personnes) sont considérés en "précarité énergétique", c'est-à-dire ayant du mal à payer leurs factures.

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