Frappée pour avoir flirté sur Internet, elle prend la défense de sa famille

Frappée et séquestrée par ses deux frères et ses parents pour avoir flirté avec un homme sur Internet, une jeune femme a pris lundi la défense de sa famille devant le tribunal de Pontoise, jugeant "normale" cette "correction", justifiée selon elle par les valeurs de l'islam. [AFP] Frappée et séquestrée par ses deux frères et ses parents pour avoir flirté avec un homme sur Internet, une jeune femme a pris lundi la défense de sa famille devant le tribunal de Pontoise, jugeant "normale" cette "correction", justifiée selon elle par les valeurs de l'islam. [AFP]

Frappée et séquestrée par ses deux frères et ses parents pour avoir flirté avec un homme sur Internet, une jeune femme a pris lundi la défense de sa famille devant le tribunal de Pontoise, jugeant "normale" cette "correction", justifiée selon elle par les valeurs de l'islam.

Agée de 16 ans au moment des faits, la jeune femme, vêtue d'un hijab bleu ne laissant apparaître que l'ovale de son visage, n'a pas souhaité se porter partie civile dans ce dossier. "Ce n'était pas intentionnel de leur part", a-t-elle assuré. "Ils ont voulu me protéger".

Ses deux frères, âgés de 31 et 34 ans, sont accusés d'avoir roué de coups leur petite soeur au domicile familial de Saint-Gratien (Val-d'Oise), le 22 décembre 2009, la blessant gravement à l'oeil. Ils comparaissaient pour "violences aggravées ayant entraîné une mutilation" et "séquestration".

Les parents, de nationalité marocaine, sont poursuivis de leur côté pour "non empêchement de crime" et "séquestration". Il leur est reproché d'avoir empêché l'adolescente de sortir, après ces violences, de peur qu'elle n'aille dénoncer ce qui s'était passé.

L'enquête avait démarré un mois après les faits, quand l'adolescente s'était rendue chez une ophtalmologue. Interrogée sur sa blessure, elle avait déclaré avoir reçu une gifle d'un de ses frères et n'avoir pas vu de médecin auparavant. La praticienne avait aussitôt alerté la justice, qui avait ouvert une enquête.

Interrogés lundi par le tribunal, les frères et les parents ont dit regretter les faits, tout en expliquant leurs actes par l'attitude de la jeune fille, découverte en train de tchatter avec un homme de 31 ans sur Internet. "On ne voulait pas la blesser" mais elle était "rebelle", a assuré l'un des frères.

Infirmité permanente

Face aux enquêteurs, le prévenu avait regretté que la jeune fille ne fasse pas souvent le ménage, insulte son père, ou bien sorte avec des copines alors que son père lui interdisait de telles sorties.

S'efforçant de dédouaner sa famille, la jeune femme, qui souffre d'une infirmité permanente à l'oeil droit, a jugé "justifiée" cette "correction". "C'était un copain que je n'avais pas présenté", a-t-elle expliqué, mettant en cause l'action de la justice dans ce dossier, à l'origine d'un "désastre familial".

Une accusation accueillie avec consternation par la présidente du tribunal, Dominique Andreassi. "Vous pensez que la justice n'a pas à intervenir dans ce genre d'affaire? (...) Vous croyez que quand une jeune fille discute avec un homme sur internet, ses frères ont le droit de la tabasser?", s'est-elle étonné.

Réponse positive de la jeune femme, aujourd'hui âgée de 19 ans. "Tant qu'il n'y a pas de séquelles, ça n'est pas grave", a-t-elle assuré.

Jugeant "déconcertantes" ces déclarations, le représentant du ministère public, Henri Génin, s'est dit "interpellé par le mode de fonctionnement" de cette famille, regrettant le "conditionnement psychologique" de la victime.

Contre les frères de la victime, le procureur a réclamé une peine de six ans de prison, dont trois avec sursis. Contre le père et la mère, il a requis une condamnation à quatre et deux ans d'emprisonnement, assorties respectivement de 3 ans et 18 mois de sursis.

"Il ne s'agit pas de stigmatiser une culture, une religion", a prévenu M. Génin. "Il faut rappeler aux prévenus que la loi de la République s'applique à tous, y compris dans les sphères familiales les plus intimes", a-t-il ajouté, souhaitant une condamnation aux vertus "pédagogiques".

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