Les regrets d'un chef militaire d'ETA

Garikoitz Aspiaru Rubina alias "Txeroki", un des chefs de l'ETA, le 30 mai 2011 à Madrid [- / Ministère de l'Intérieur espagnol/AFP/Archives] Garikoitz Aspiaru Rubina alias "Txeroki", un des chefs de l'ETA, le 30 mai 2011 à Madrid [- / Ministère de l'Intérieur espagnol/AFP/Archives]

Un ex-chef militaire d'ETA a fait lundi un pas de plus à l'appui de la demande de négociations avec Madrid et Paris, en exprimant les regrets de l'organisation séparatiste basque à l'égard de ses victimes n'ayant "aucune responsabilité dans le conflit".

Avant toute discussion, l'Espagne et la France exigent une dissolution sans conditions et la remise de ses armes par ETA à qui les polices des deux pays infligent revers sur revers depuis plusieurs années et qui depuis un an a appelé à plusieurs reprises à des pourparlers.

Madrid demande également les excuses de l'organisation qui entend de son côté faire de ses prisonniers, environ 700 dans les deux pays, le levier d'une éventuelle négociation.

"Semons la graine d'une paix juste et durable. Tel est l'engagement de l'ETA", a dit en préambule à son procès devant la cour d'assises spéciale de Paris Garikoïtz Aspiaru Rubina alias "Txeroki", 39 ans, ex-chef de l'appareil militaire, expliquant s'exprimer "au nom" de son organisation.

Depuis plusieurs jours, les milieux séparatistes basques faisaient savoir que cet homme réputé tenant d'une ligne dure, allait délivrer un message important.

Il comparaît aux côtés de neuf autres etarras notamment pour l'enlèvement et la séquestration en 2007 d'un couple d'Espagnols et de leur enfant de quatre ans.

"L'ETA souhaite dire à ces habitants de Orio (ndlr: la commune d'où les victimes étaient originaires) qu'elle regrette le dommage qui leur a été causé", a-t-il déclaré en français. "Ces mots peuvent s'étendre à tous les citoyens, qui comme eux, sans aucune responsabilité dans ce conflit, ont subi un dommage du fait de l'activité de l'ETA."

829 morts

"Txeroki" a réitéré l'appel de l'organisation séparatiste au gouvernement français afin qu'il "s'investisse dans cette résolution" du conflit, "apporte ses propositions à la table de négociation" et "ne ferme pas la porte à cette opportunité pour la paix".

Si les prisonniers basques ou la gauche indépendantiste s'étaient déjà exprimés dans ce sens, c'est la première fois qu'un ancien dirigeant de l'ETA de ce niveau se prononce aussi clairement.

Arrêté en France en novembre 2008, "Txeroki" a été condamné en 2011 en Espagne à 377 ans de prison pour 21 tentatives d'assassinats et actes terroristes. Il est soupçonné d'avoir participé à la préparation de l'attentat qui avait tué deux personnes à l'aéroport de Madrid en 2006.

Xabi Larralde, porte-parole de Batasuna, qui s'est auto-dissous en début d'année, a salué une "déclaration très importante" et "très positive par rapport aux perspectives d'avancées du processus de paix".

Selon M. Larralde, cette déclaration "ouvre la voie à une résolution globale de ce conflit, qui prendrait en compte la question des victimes".

A l'audience, les dix prévenus ont seulement consenti à décliner leur nom, refusant même de confirmer leur date de naissance. "Txeroki" a répété que les prévenus ne reconnaissent pas la légitimité de la cour, posture habituelle des etarras. Il a néanmoins précisé que l'ETA "ne nie pas la responsabilité de ces faits".

Classée organisation terroriste par l'Union européenne et les Etats-Unis, l'ETA, dont le dernier attentat meurtrier en Espagne remonte au 30 juillet 2009, a annoncé le 20 octobre 2011 qu'elle renonçait à la violence, après plus de 40 années de lutte armée.

Interrogé à l'audience, un policier de la Sous-direction antiterroriste (SDAT) a estimé qu'il fallait être "prudent": "C'est loin d'être fini. On n'est pas à l'abri de l'émergence d'une dissidence."

L'ETA est tenue responsable de la mort de 829 personnes.

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