Yamina Benguigui : "La charia allégée, ça n'existe pas"

La ministre Yamina Benguigui s'engage pour le droit des femmes. La ministre Yamina Benguigui s'engage pour le droit des femmes.[FRANCOIS GUILLOT / AFP]

Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie organise un forum demain à Paris sur le thème du droit des femmes. Elle en explique les enjeux.

Cela fait plus de vingt ans que Yamina Benguigui dresse un terrible constat : le droit des femmes régresse dans le monde, y compris dans certains pays francophones. Devenue ministre, elle poursuit ce combat en réunissant demain 400 femmes lors d’un forum au musée du Quai Branly, à Paris. Son objectif : que cette cause soit le thème central du prochain Sommet de la francophonie, en 2014 au Sénégal.

 

Vous évoquez une régression du droit des femmes. A quoi faites-vous référence ?

La régression du droit des femmes est un sujet qui m’interpelle depuis des années. Dans l’un de mes premiers documentaires, Femmes d’islam que j’ai réalisé en 1993, j’évoquais les conséquences de l’avènement en Iran de l’ayatollah Khomeiny avec l’émergence d’une femme musulmane radicale, voilée de noir et pilier du nouveau pouvoir politique. Ces femmes ont tenté d’imposer ce modèle, entraînant la régression de leurs droits.

 

Quel exemple avez-vous aujourd’hui ?

La Tunisie est un pays où les femmes avaient obtenu des droits incompressibles, depuis les années 50, avec le président Bourguiba qui avait interdit la polygamie et le port du voile et leur avait accordé le droit de vote bien avant les Françaises. Les Tunisiennes étaient le modèle pour tout le continent africain. Hélas, après la révolution du printemps, alors qu’elles y avaient largement contribué, dès les balbutiements de la nouvelle Constitution, on a tenté de leur enlever des droits. C’est ce qui se passe aussi en Egypte…En RDC, elles sont violées et sont des butins de guerre…

 

Vous redoutez l’installation de la charia ?

Il est évident que l’avènement d’une république islamique entraîne l’application de la charia, dans toute sa dimension, et la régression du droit des femmes, car il n’y a pas de charia, «allégée». Le voile est obligatoire et la lapidation y est appliquée.

 

Pourquoi prendre le cadre de la langue française pour aborder ce sujet ?

L’espace francophone, c’est 77 pays membres de l’Organisation Internationale de la francophonie (OIF), qui ont en partage une langue commune et qui sont aussi liés par le respect d’un ensemble de valeurs, en ce qui concerne les droits de l’homme et la démocratie. Hélas, j’ai pu constater que dans de nombreux pays les droits des femmes ne sont pas respectés.

 

La France est-elle bien placée pour porter ce débat ?

Il est certain que nous avons, en France, peut-être plus qu’ailleurs, obtenu des acquis, de haute lutte. Mais il y a encore beaucoup à faire, pour la parité, l’égalité des salaires, le respect de l’intégrité des femmes, avec les viols, la violence conjugale, la prostitution...Et j’ai été choquée de constater à l’Assemblée Nationale, les comportements machistes et les réflexions misogynes qui perdurent.

 

C’est un combat féministe que vous menez…

C’est un combat féministe et c’est un combat pour le respect des droits humains. Quand on évoque l’inquiétante recrudescence des violences sexuelles au Nord-Kivu, pratiquées depuis des années par des escadrons du viol, par milliers, sur des fillettes de moins de 2 ans et sur des femmes de plus de 70 ans, c’est une atteinte aux droits humains. L’excision, perpétué et pratiqué par des femmes, c’est une atteinte aux droits de l’homme.

 

Qu’attendez-vous de ce forum ?

C’est la première fois que la question des droits des femmes est soulevée dans l’espace francophone. A l’issue de la journée, je souhaite apporter un cahier de doléances des 400 femmes présentes à François Hollande pour qu’il en fasse part aux chefs des 77 pays de l’OIF afin que le droit des femmes soit la thématique majeure du prochain sommet de la francophonie, en 2014 à Dakar. Je milite pour que soit inscrit dans la charte de l’OIF un article relatif au respect du droit de femmes. Ainsi, en cas de non-respect par un pays membre, celui-ci pourrait être exclu de l’organisation.

 

Les chefs d’Etat étrangers ont-ils conscience du problème ?

Ils en ont conscience mais n’ont jamais fait du droit des femmes l’une de leurs priorités. C’est cet acte politique que nous voulons poser avec ce forum.

 

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