Des parents s'opposent à l'euthanasie passive de leur fils

Une chaise roulante [Jean-Philippe Ksiazek / AFP/Archives] Une chaise roulante [Jean-Philippe Ksiazek / AFP/Archives]

Les parents de Vincent Lambert, un tétraplégique hospitalisé à Reims depuis 5 ans en état de "conscience minimale", ont bloqué par voie de justice une décision médicale de procéder à l'euthanasie passive de leur fils, alors que sa femme et une partie de sa famille soutiennent les médecins.

Samedi, Pierre et Viviane Lambert, les parents de Vincent, ont obtenu en référé devant le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne une ordonnance obligeant les équipes médicales du CHU de Reims qui avaient engagé depuis le 10 avril un protocole de fin de vie, à réalimenter et réhydrater leur fils.

"Je suis absolument persuadée que mon fils ne veut pas mourir, d'ailleurs depuis qu'il est réalimenté il sourit, alors que la semaine dernière il manifestait une grande tristesse. Il y a encore un espoir", a déclaré à l'AFP Viviane Lambert, la mère de Vincent.

"C'est un de mes fils qui avait découvert fin avril lors d'une visite que son frère n'était plus alimenté, alors que nous n'étions même pas au courant de cette décision" a-t-elle ajouté.

Cette affaire, selon le professeur Didier Sicard, auteur d'un rapport sur la fin de vie à la demande de l'Elysée, fin 2012, ne pose pas la question de l'euthanasie, mais relève de la procédure.

"Quand la mère demande la prolongation des soins, (...) comment voulez-vous que le droit exerce une espèce de jugement contre la mère ?", a-t-il assuré à l'AFP.

"Ça n'a rien à voir avec le débat actuel sur l'euthanasie. C'est une situation très fréquente. Quand plusieurs personnes de la famille ont un avis différent et que la personne n'a pas exprimé une directive anticipée, le droit a tendance à protéger plutôt la personne qui demande le maintien en vie, même si c'est déraisonnable", a ajouté le professeur Sicard.

L'Observatoire national de la fin de vie (ONFV) a dans un communiqué abondé dans le même sens: "La justice ne remet pas en cause le fond de la décision prise par l'équipe médicale pour ce patient, mais le fait qu'elle n'ait pas été discutée avec l'ensemble des membres de sa famille".

Selon le CHU de Reims, Vincent Lambert, le patient de 37 ans hospitalisé depuis 5 ans après un accident de moto, est totalement aphasique et dans un état "pauci-relationnel", un état de conscience minimale qui permet une certaine interaction avec l'environnement, par la vue notamment, sans pour autant "être sûr qu'il intègre correctement les informations sensorielles".

 

"Une obstination déraisonnable"

"Depuis le début de l'année, Vincent a multiplié des comportements d'opposition aux soins faisant suspecter un refus de vivre", a expliqué à l'AFP Eric Kariger qui dirige le service de médecine palliative au CHU de Reims.

"En accord avec sa femme, qui l'accompagne quotidiennement depuis l'accident, alors que ses parents habitent très loin, nous avons collégialement décidé le 10 avril que le maintien des soins d'hydratation et d'alimentation constituait dans ce contexte une obstination déraisonnable", a précisé le médecin.

"La maman de Vincent avait été prévenue de notre réflexion, mais nous avons effectivement tardé à l'informer précisément, elle et les autres membres de la famille, du protocole que nous avions engagé, ce qui explique aussi son action en justice", a-t-il regretté.

"L'épouse de mon fils a été manipulée par les médecins et maintenant la famille est en train d'éclater, car certains voudraient que le processus continue et nous nous y opposons", a clamé Mme Lambert.

Selon Marie, interrogée par RTL, la soeur cadette de Vincent qui, elle, soutient la décision de l'épouse, "il y a eu bien évidemment un problème de communication de la part des médecins".

Mais, a-t-elle dit à l'AFP, "il n'y a pas de doute que mon frère ne veut pas vivre de cette façon, il avait d'ailleurs clairement indiqué avant son accident qu'il ne souhaitait pas d'acharnement thérapeutique. Le laisser partir est aussi un acte d'amour".

"Il y a maintenant deux camps dans ma famille, et mes parents, hormis leur chagrin, considèrent cette situation aussi avec leur idéologie très catholique", a ajouté Marie, déplorant les dissensions au sein d'une famille recomposée qui compte neuf enfants.

"Je suis catholique pratiquante mais je suis mère avant tout et je n'ai pas besoin de convictions religieuses pour porter secours à mon fils" a répliqué pour sa part Mme Lambert. 

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