La députée PS Sylvie Andrieux fait appel de sa condamnation à de la prison ferme

La députée PS Sylvie Andrieux parle avec son avocat Gaetan Di Marino, le 12 mars 2013 au tribunal de Marseille [Anne-Christine Poujoulat / AFP/Archives] La députée PS Sylvie Andrieux parle avec son avocat Gaetan Di Marino, le 12 mars 2013 au tribunal de Marseille [Anne-Christine Poujoulat / AFP/Archives]

La députée PS des Bouches-du-Rhône Sylvie Andrieux a été condamnée à un an de prison ferme mercredi par le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir détourné 700.000 euros de subventions de la région Paca à des fins de clientélisme électoral, une peine supérieure aux réquisitions dont elle a fait appel.

Sa condamnation à trois ans de prison, dont deux avec sursis, est assortie d'une amende de 100.000 euros et de cinq ans d'inéligibilité. Le parquet avait requis, en mars, deux ans avec sursis et 50.000 euros d'amende à l'encontre de l'élue des quartiers Nord de la ville, reconnue coupable de détournement de fonds publics.

"Je prends acte d'une décision injuste dont j'ai aussitôt fait appel. Je n'ai commis aucun des faits qui me sont reprochés", a réagi Mme Andrieux, dont l'appel suspend la condamnation.

Le Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, lui a néanmoins demandé de se "mettre en congé du parti" le temps qu'elle soit rejugée - il demandera au Bureau national de la suspendre dans le cas contraire - tandis que le chef de file du PS à l'Assemblée, Bruno Le Roux, réclamait la même chose pour le groupe parlementaire.

Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, le 5 avril 2013 à Limoges [Pascal Lachenaud / AFP/Archives]
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Harlem Désir, le premier secrétaire du PS, le 5 avril 2013 à Limoges

La députée, élue depuis 1997, y siège en tant qu'apparentée depuis les dernières législatives, à la veille desquelles Solférino lui avait retiré son investiture, son renvoi en correctionnelle ayant fuité dans la presse. Privée d'étiquette, elle avait remporté un quatrième mandat, de justesse, au second tour, face au Front national, dont le candidat était présent mercredi au tribunal et dont la présidente, Marine Le Pen, a appelé l'élue à démissionner.

Retrait politique

L'entourage de Mme Andrieux a fait savoir qu'elle ne s'opposerait pas à la volonté du groupe et du PS, l'élue précisant qu'elle ne s'impliquerait pas non plus dans les municipales à Marseille, où elle soutient le président de la communauté urbaine, Eugène Caselli, pour la primaire socialiste.

Parmi la vingtaine de prévenus, son ancien attaché parlementaire, Rolland Balalas, a été condamné à 30 mois avec sursis et un ancien responsable d'association au coeur du "système", Boumédienne Benamar, a écopé de 30 mois ferme. Le tribunal a prononcé deux relaxes dont celle d'un ex-fonctionnaire de la région. Les coupables devront aussi rembourser solidairement à celle-ci, partie civile, 716.593 euros, somme imputable dans sa globalité à Mme Andrieux et M. Balalas.

L'ex-attaché parlementaire de la députée Sylvie Andrieux, Rolland Balalas, au tribunal de Marseille, le 13 mars 2013 [Boris Horvat / AFP/Archives]
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L'ex-attaché parlementaire de la députée Sylvie Andrieux, Rolland Balalas, au tribunal de Marseille, le 13 mars 2013

"On n'était pas là pour faire des exemples, l'important était que la lumière soit faite sur certains agissements et que les sommes soient remboursées. Le tribunal a tranché entre ce qui relevait du fonctionnement de la région et les abus politiques", a commenté l'avocat de la collectivité, Me Gilles Gauer.

Dans cette affaire, l'une de celles qui embarrassent le PS dans un département dont la fédération est sous tutelle, Mme Andrieux était soupçonnée d'avoir détourné des subventions de la région, dont elle fut vice-présidente de 1998 à 2009, pour rétribuer des "relais électoraux" dans sa circonscription.

L'enquête avait été ouverte à la mi-2007 après le signalement par Tracfin de flux financiers suspects sur les comptes d'associations censées oeuvrer à la réhabilitation des quartiers. Des coquilles vides en réalité, où l'argent bénéficiait à ceux qui aidaient l'élue. A l'audience avait été décrit un système reposant parfois sur la menace, le vice-procureur Jean-Luc Blachon évoquant "un procès de voyous" dont le système de défense épousait celui de l'élue.

La député PS Sylvie Andrieux, le 12 mars 2013 à Marseille [Anne-Christine Poujoulat / AFP/Archives]
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La député PS Sylvie Andrieux, le 12 mars 2013 à Marseille

M. Benamar s'était ainsi défaussé sur M. Balalas, son "seul patron". Des déclarations d'autant plus favorables à l'élue que son ancien attaché, victime d'un AVC, ne devait pas comparaître. Mais l'intéressé s'était finalement présenté, au grand regret des avocats de la députée. Le tribunal avait lu ses déclarations durant l'enquête, où il décrivait un système voué à faire en sorte que "la popularité de Mme Andrieux dans les quartiers augmente", et il avait confirmé.

Fille d'un baron du defferrisme, cette femme de 51 ans aux tenues chics, se présente comme une "députée de terrain" et revendique des valeurs "chevillées au corps". A la barre, celle en qui le président PS de la région, Michel Vauzelle, est venu dire qu'il n'avait "plus confiance", avait crié au complot, affirmant n'avoir "jamais" regardé le contenu des dossiers de subventions et avoir toujours ignoré la nature frauduleuse des associations. Ses avocats avaient plaidé la relaxe, soulignant que la quasi-totalité des subventions incriminées avait été votée en commission et dénonçant un "traquenard politique".

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