Mediator : le procès va se poursuivre

Jacques Servier au tribunal de Nanterre, le 21 mai 2013 Jacques Servier au tribunal de Nanterre, le 21 mai 2013 [Lionel Bonaventure / AFP]

Le tribunal correctionnel de Nanterre a décidé mercredi la poursuite du procès du Mediator, médicament accusé d'avoir déjà causé des centaines de morts en France, en l'absence du fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, pour raisons de santé.

Le tribunal a rejeté un argument de procédure de la défense pour une annulation.

A l'audience, les avocats de Servier, qui avaient obtenu un report du procès il y a un an, avaient de nouveau ferraillé mardi sur le terrain de la procédure pour tenter d'annuler le procès ou obtenir un nouveau renvoi.

"C'est une victoire pour les victimes mais qui risque d'avoir un goût amer", a réagi l'un des avocats des parties civiles Me Jean-Christophe Coubris, qualifiant le procès de Nanterre de "danger" pour l'instruction menée parallèlement à Paris.

La porte-parole des laboratoires Servier, Lucy Vincent, a affirmé quelques minutes avant la reprise de l'audience prévue à 13h30 que M. Servier, 91 ans, ne serait pas présent mercredi.

"Malheureusement son cardiologue lui a interdit de venir aujourd'hui", a-t-elle dit devant quelques journalistes, précisant qu'il comptait "faire le maximum" pour être présent au procès afin de "montrer son respect envers les victimes et envers le tribunal".

"Vous avez pu constater son état de santé hier", a-t-elle ajouté. Mardi, lors de l'ouverture du procès, le fondateur des laboratoires pharmaceutiques éponymes était présent mais il s'était éclipsé au bout de deux heures d'audience.

Quelque 700 parties civiles demandent réparation à Nanterre, sans attendre l'issue de l'instruction menée parallèlement par le parquet de Paris sur les mêmes faits. Ces victimes présumées ont misé sur une procédure rapide: une citation directe pour "tromperie aggravée", dans laquelle leur revient la tâche d'apporter les preuves, sans avoir accès aux investigations parisiennes.

Destiné aux diabétiques mais largement prescrit comme coupe-faim, le Mediator pourrait causer à long terme la mort de 1.300 à 1.800 personnes uniquement par valvulopathie (déformation des valves cardiaques), selon un rapport d'experts judiciaires rendu public en avril. Il a été commercialisé de 1976 à 2009 en France.

M. Servier est jugé aux côtés d'Alain Le Ridant, pharmacien en chef du groupe, et de trois responsables de Biopharma, l'une des filiales des Laboratoires Servier.

Les prévenus encourent quatre ans de prison et une amende de 75.000 euros. Servier et Biopharma, en tant que personnes morales, encourent une amende de 375.000 euros, ainsi que l'interdiction d'exercer.

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