Procès public d'un calvaire sexuel de près de 10 ans

Le symbole de la Justice photographié à l'Assemblée nationale à Paris [Jacques Demarthon / AFP/Archives] Le symbole de la Justice photographié à l'Assemblée nationale à Paris [Jacques Demarthon / AFP/Archives]

Après un long et étouffant calvaire à huis clos, un procès public, choix rare et courageux pour une victime de crime sexuel: la cour d'assises de Pau juge jusqu'à vendredi un père de 52 ans, pour viols et agressions sexuelles sur sa fille mineure, pendant près de dix ans.

"J'ai fait l'effort de mettre des talons aujourd'hui, mais j'ai peur du regard des hommes, qu'ils interprètent ça comme une connotation sexuelle": élégante avec ses cheveux bruns attachés derrière un fin minois, mince -un peu trop, s'inquiète son avocate- Christelle, assistante maternelle de 27 ans, explique à la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques qu'elle a voulu ce procès public.

Pour se libérer, elle qui après plusieurs tentatives de suicide, navigue à présent entre psychologues, anxiolytiques et antidépresseurs.

Son père est jugé jusqu'à vendredi pour le calvaire qu'il est accusé de lui avoir fait endurer de 1994 à 2003, quand Christelle avait entre 8 et 16 ans et demi. Il encourt 20 ans de réclusion.

"Je voulais que ce procès soit public pour qu'il avoue et qu'on arrête. J'en peux plus", a expliqué la jeune femme, qui a dit ne pas "se foutre en l'air" surtout pour son garçon de trois ans.

"Un de nous deux ment"

"J'ai commencé par réaliser que tout ce que m'avait fait mon père n'était pas normal le jour où je suis sortie avec un copain", a-t-elle avoué, souvent au bord des larmes à la barre. Comme son père.

Le père, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire, avait été placé en garde à vue en 2008, deux ans après la plainte de Christelle. Peu à peu, il avait reconnu l'intégralité des faits dénoncés par sa fille.

Puis il n'a plus reconnu que des attouchements, selon lui pour "montrer à sa fille".

"J'ai reconnu ce que j'avais à reconnaître, mais je ne peux pas reconnaître ce que je n'ai pas fait", a-t-il redit mercredi. "Un de nous deux ment. Je reconnais les attouchements, mais pas le reste." "Qui ment ?", demandera le président Michel le Maître. "Christelle".

Entre les sanglots, ce fils illégitime d'origine portugaise, a raconté les violences de son propre père, qui les flagellait, lui et son frère. Ou encore le viol dont il a été victime à l'âge de 11 ou 12 ans à Dakar, où il passa son enfance.

Après un travail psychologique, le père "reconnaît avoir détruit sa fille et sa famille", a déclaré son avocate Me Agnès Hauciarce. "Il culpabilise et souhaite le pardon de sa fille".

"Mauvaise fille"

Celle-ci, digne à travers l'énumération des masturbations, attouchements, pénétrations, -"je ne savais pas poser des mots sur ce que mon père m'a fait, c'est la police qui a posé les mots"- s'est montrée parfois sidérée, ou atterrée, en l'écoutant à l'audience.

"Elle est soulagée que l'affaire sorte, mais en même temps, elle est très fragile", prévient son avocate Me Isabelle Duguet. Qui s'est dite "abasourdie" quand Christelle lui dit qu'elle renonçait au huis clos, souvent demandé -et accordé- aux victimes de crime sexuel.

"C'est courageux, c'est rare, et c'est symbolique la concernant, après avoir tellement subi le huis-clos", remarque Me Duguet. D'abord quand on ne l'a pas crue, puis "à ce jour encore dans son village basque, où elle a l'impression d'être la mauvaise fille qui dénonce un père adorable, Monsieur tout-le-monde, gentil voisin".

Une information judiciaire contre la mère de Christelle, pour non dénonciation de crime et non-assistance à personne en danger, s'est terminée en 2011, les infractions étant couvertes par la prescription.

Le frère de Christelle, 24 ans, a pour sa part été condamné en janvier à trois mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Bayonne, pour menaces ou actes d'intimidation envers sa soeur en vue de lui faire retirer sa plainte.

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