Cannes : dernier jour avec Polanski et Jarmusch

Roman Polanski, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric le 25 mai 2013 à Cannes [Alberto Pizzoli / AFP] Roman Polanski, Emmanuelle Seigner et Mathieu Amalric le 25 mai 2013 à Cannes [Alberto Pizzoli / AFP]

Deux poids lourds du 7e art, Roman Polanski et Jim Jarmusch, bouclaient samedi la compétition du 66e Festival de Cannes, à la veille de l'annonce d'un palmarès très disputé qui pourrait bien récompenser le Français Abdellatif Kechiche ou les frères Coen.

"La vie d'Adèle", film solaire sur une passion amoureuse entre deux jeunes femmes, a chaviré le public à Cannes, qui rêvait de trophées pour Kechiche et ses deux actrices.

Un prix pour cette oeuvre ne manquerait pas de sel dimanche soir, alors que les anti-mariage homosexuel devaient manifester le même jour, malgré la promulgation de la loi faisant de la France le 14e pays au monde à autoriser les unions de même sexe.

Autre grand favori, selon les professionnels : "Inside Llewyn Davis", des frères américains Joel et Ethan Coen, tribulations d'un chanteur de folk dans le Greenwich Village des années 60.

Abdellatif Kechiche le 23 mai 2013 à Cannes [Anne-Christine Poujoulat / AFP/Archives]
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Abdellatif Kechiche le 23 mai 2013 à Cannes
 

Mais la liste des prétendants est longue : de "A touch of sin", du Chinois Zia Zhangke à "La grande bellezza" de l'Italien Paolo Sorrentino, de "Tel père, tel fils" du Japonais Hirokazu Kore-Eda à "Nebraska" de l'Américain Alexander Payne ou encore "Le passé" de l'Iranien Asghar Farhadi.

Pour les acteurs, la liste est plus resserrée mais beaucoup rêvent de doubles récompenses. Le premier duo cité concerne Adèle Exarchopoulos, "LA" révélation du festival, et Léa Seydoux, deux actrices qui transcendent leurs rôles dans "La vie d'Adèle" de Kechiche.

Et pourquoi pas aussi, l'autre couple homosexuel de cinéma, Michael Douglas et Matt Damon, deux acteurs aux rôles d'habitude très virils, méconnaissables dans "Ma vie avec Liberace".

Michael Douglas le 21 mai 2013 à Cannes [Alberto Pizzoli / AFP]
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Michael Douglas le 21 mai 2013 à Cannes
 

D'autres acteurs pourraient leur damer le pion : l'Italien Tony Servillo, roi mondain en pleine crise existentielle dans "La grande bellezza", l'Américain Oscar Isaac, acteur et musicien accompli pour son rôle de Llewyn Davis, ou encore son compatriote Bruce Dern, papy obsessionnel de "Nebraska". A moins que le français Mathieu Amalric, présent dans deux films ("Jimmy P;" et "La Vénus à la fourrure", ne rafle la mise.

Chez les femmes, d'autres françaises ont séduit la Croisette : Marion Cotillard en immigrée polonaise dans le dernier James Gray, ou encore Bérénice Béjo dans "Le Passé".

Vampires chez Jarmusch, huis-clos pour Polanski

Samedi, dernier jour de compétition, Roman Polanski présentait "La Vénus à la fourrure", un huis-clos dans un théâtre vide entre Thomas, un metteur en scène (Mathieu Amalric), et Vanda, une actrice (Emmanuelle Seigner) qui vient auditionner pour une pièce inspirée par le roman éponyme de Leopold von Sacher-Masoch, qui a donné son nom au masochisme.

Marion Cotillard le 24 mai 2013 à Cannes [Valery Hache / AFP]
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Marion Cotillard le 24 mai 2013 à Cannes
 

Alors que commence l'audition, Vanda, vulgaire et écervelée, change du tout au tout pour coller parfaitement au personnage sensuel, lascif et provocateur de la pièce. Le trouble et des rapports de domination et soumission vont s'installer, alors que la pièce et la "vraie vie" des personnages se mélangent inextricablement dans une mise en abyme vertigineuse.

Le dernier film en compétition est signé d'un chouchou de la Croisette, l'élégant réalisateur américain Jim Jarmusch, "né" à Cannes en 1984 où son premier film "Stranger than paradise" a obtenu la Caméra d'or, récompense destinée à une meilleure première oeuvre.

Dans "Only lovers left alive", le cinéaste s'amuse comme souvent à détourner les codes de films de genre, en l'occurrence ici le film de vampires, personnages en vogue s'il en est en ce moment entre "Twilight" au cinéma ou "True Blood" à la télévision.

Entre esthétisme poussé et bande-son hallucinante, le cinéaste promène ses héros - interprétés par Tilda Swinton, en vampire très stylée et Tom Hiddleston, impeccable en version musicien underground déprimé - entre Détroit et Tanger, parabole drôle et désabusée sur le monde actuel des humains et leur sang contaminé.

Le festival rendra hommage en soirée à deux monstres sacrés du cinéma, l'actrice Kim Novak, l'inoubliable interprète de "Vertigo" ("Sueurs froides") d'Alfred Hitchcock, et l'acteur français Alain Delon ("Plein soleil", "le Guépard" etc).

Dimanche, comme à l'accoutumée, le jury se repliera dès le matin dans une villa des hauteurs de Cannes pour délibérer. La cérémonie, retransmise par Canal+ en clair, se déroulera à partir de 19h00.

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