Valls s'attaque au cyber-jihadisme

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls. [KENZO TRIBOUILLARD / AFP]

Manuel Valls veut renforcer la surveillance du Web, devenu un outil majeur de propagande et de recrutement pour les jihadistes. 

Ils ont toujours à leur disposition les filatures ou la surveillance des lieux de culte. Mais les hommes chargés de lutter contre le terrorisme en France ont aujourd’hui affaire à un monstre à plusieurs têtes : Internet.

Au lendemain de l’arrestation de l’auteur de l’agression d’un militaire le week-end dernier à la Défense, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, l’a confirmé hier : la traque des terroristes sur le Web est «une priorité».

 

Radicalisation derrière l’écran

Alexandre, l’agresseur du militaire français à la Défense, tout comme Mohamed Merah avant lui, incarnent le nouveau visage de l’Islam radical en France.

Des profils difficiles à repérer pour les services de renseignement. Et pour cause : une partie de leur radicalisation a pu se faire sur la Toile. Ce sont les «jihadistes 2.0», comme les appelle le criminologue Alain Bauer. Messages haineux sur les réseaux sociaux, vidéos fanatiques sur les plateformes mondiales de partage, discussions enflammées sur les forums, manuels en ligne pour fabriquer des explosifs…

«Internet est devenu un vecteur de propagande, de radicalisation et de recrutement pour le terrorisme d’inspiration jihadiste», notait hier Manuel Valls dans Libération.

A travers cette nébuleuse, l’embrigadement se fait donc aujourd’hui seul, derrière un écran. «Les apprentis jihadistes n’ont plus besoin d’aller se former à l’étranger, note le député Christophe Cavard (EELV), président d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet. Avec cette autoformation, on a de petites bombes humaines en puissance».

Il y aurait ainsi potentiellement, selon les autorités, plusieurs dizaines de personnes présentant le profil de Merah sur le sol français.

 

Un terrorisme sans frontières

Face à cet ennemi invisible, les services de renseignement n’ont pas attendu pour se lancer sur le champ de bataille cybernétique. «Internet fait l’objet d’une veille très active de la part de nos services», assure Manuel Valls.

Les enquêteurs de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), ont à l’œil les sites islamistes connus, mais cherchent à aller plus loin. Sous un «pseudo», ils investissent les forums pour repérer les éventuels recruteurs. Avec la possibilité de récupérer auprès des fournisseurs d’accès à Internet les heures et le temps de connexion, ainsi que les adresses IP.

Mais les problèmes sont nombreux, entre les messages écrits en anglais ou en arabe et les cryptages utilisés par certains cyber-jihadistes. Une difficulté accentuée par le fait que le terroriste virtuel n’a pas de frontières : «Les sites hébergeurs peuvent venir de l’étranger, opérer depuis le fin fond d’un désert», signale le député Christophe Cavard.

Dernier problème : quelle infraction retenir, sachant que la consultation d’un site terroriste n’est pas punie par la loi ? Mais les autorités ne veulent pas se laisser distancer dans cette guerre sans théâtre d’opérations. «Internet laisse des traces exploitables. Donc, cela doit être une priorité pour nous», a promis hier le ministre de l’Intérieur.

 

Agression à la Défense : l'acte d'un islamiste radical ?

 

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