Affaire Merah : 3 mis en examen, qui savait ?

Des policiers surveillent l'arrivée d'un des frères de Mohamed Merah, à Toulouse, le 9 septembre 2012 [Kenzo Tribouillard / AFP] Des policiers surveillent l'arrivée d'un des frères de Mohamed Merah, à Toulouse, le 9 septembre 2012 [Kenzo Tribouillard / AFP]

Un troisième homme est mis en examen dans l'enquête sur les meurtres commis par Mohamed Merah au nom de l'islam, mais la question reste posée: qui savait quoi des projets du tueur; qui, au-delà des complicités entre voyous des quartiers, a participé intentionnellement à l'exécution de ses crimes ?

Fetha Malki, 30 ans, a été mis en examen et écroué samedi pour complicité d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste

Délinquant des Izards, le quartier toulousain de Merah comme des autres mis en cause, il a reconnu au cours de sa garde à vue avoir fourni à celui-ci un pistolet-mitrailleur de type Uzi qui a servi lors de la tuerie de l'école juive Ozar Hatorah à Toulouse avant de s'enrayer, dit une source proche de l'enquête. Fetha Malki affirme avoir cédé l'arme gratuitement à Merah, assure-t-elle, à la différence d'un gilet pare-balles, qu'il lui a vendu et que Merah portait quand il est mort sous les projectiles du Raid.

Selon d'autres sources, ce sont au moins deux armes que Fetha Malki pourrait avoir procurées à Merah.

En tout cas, il était "à mille lieux de penser que ça allait servir à tuer des enfants dans une école", dit l'interlocuteur proche de Fetha Malki.

Quand il a appris les faits, Fetha Malki, père d'une fillette de dix ans, a été "horrifié". Mais jamais il n'aurait cru pouvoir être inquiété pour complicité, sinon il aurait fui; or il est resté dans les parages pendant plus de 14 mois, se partageant entre le domicile conjugal de L'Isle-en-Dodon, localité campagnarde de 2.000 habitants à 70 km au sud-ouest de Toulouse, et le domicile de sa mère aux Izards, dit ce proche.

Avant lui, deux autres hommes ont été mis en examen et écroués: le frère aîné de Merah, Abdelkader, 30 ans, mis en en cause pour complicité d'assassinats peu après les tueries et la mort de Mohamed en mars 2012; et Mohamed Mounir Meskine, 25 ans, mis en détention le 18 mai dernier et suspecté d'avoir participé au vol du scooter utilisé par le tueur. Mais, comme Fetha Malki, ils nient toute implication.

Pour ce dernier, plus proche d'Abdelkader que de Mohamed Merah, tout s'est passé "dans le cadre des petits trafics auxquels se prêtent ces gens-là parce qu'ils aiment l'argent", dit celui qui en est proche.

Il "n'allait jamais à la mosquée"

Des policiers avaient escorté deux hommes entendus dans l'enquête sur l'affaire Merah, le 4 décembre 2012 à Toulouse [Eric Cabanis / AFP/Archives]
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Des policiers avaient escorté deux hommes entendus dans l'enquête sur l'affaire Merah, le 4 décembre 2012 à Toulouse
 

Début 2012, peu avant les assassinats, Merah serait venu chez Fetha Malki parce qu'il savait qu'il avait un Uzi. Fetha Malki lui aurait dit qu'il était vieux et hors d'usage. Merah l'aurait vivement impressionné en le démontant et en le remontant, une habileté qu'il aurait expliquée en affirmant avoir "fait l'armée". Fetha Malki le lui aurait laissé pour le remettre en état.

D'autres éléments matériels auraient mis les enquêteurs sur la piste de Fetha Malki. L'une de ses empreintes aurait été décelée sur une grosse liasse de billets saisie dans une voiture louée par Merah. Les policiers seraient aussi remontés jusqu'à lui parce qu'il avait été contrôlé sans permis de conduire fin 2011 dans un véhicule également loué par Merah.

Fetha Malki devait répondre récemment de ce défaut de permis devant un tribunal. Selon le même interlocuteur qui le connaît bien, Fetha Malki a eu affaire à la justice par le passé pour quelques délits mineurs d'outrage ou de rébellion. Récemment, il travaillait comme pizzaïolo.

Mais, quant à d'éventuelles motivations jihadistes et à l'existence d'un réseau, Fetha Malki "n'allait jamais à la mosquée, cela lui est complètement indifférent"; et il ignorait tout de la radicalisation de Mohamed Merah, déclare la même source.

L'incarcération de Fetha Malki montre en tout cas que les policiers poursuivent un travail de longue haleine pour identifier toutes les complicités logistiques, financières ou idéologiques de Merah, et que d'autres interpellations sont possibles. Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, ne croit pas à la thèse du "loup solitaire". Merah, meurtrier de trois soldats, trois enfants et un enseignant juifs en mars 2012 à Toulouse et Montauban, affirmait avant de mourir avoir agi seul.

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