Bastide de Sainte-Foy-La-Grande, la campagne qui a peur

Deux gendarmes parlent à un joailler durant une patrouille à Sainte-Foy-la-Grande, dans le sud-ouest de la France, le 4 juin 2013 [Jean Pierre Muller / AFP] Deux gendarmes parlent à un joailler durant une patrouille à Sainte-Foy-la-Grande, dans le sud-ouest de la France, le 4 juin 2013 [Jean Pierre Muller / AFP]

Sainte-Foy-la-Grande est une bastide médiévale aux rues pavées, aux confins de la Gironde et de la Dordogne. Entourée de vignes et vergers, elle fait pourtant partie des "zones de sécurité prioritaires" (ZSP), car ici la peur dissuade même des habitants de fréquenter le centre après 18h00.

Le 31 janvier, Henri Trobat, un des quatre bijoutiers de cette petite ville de 2.500 habitants, a vécu sans doute l'événement le plus traumatisant de sa vie.

Trois voyous armés d'un fusil l'ont ligoté à une chaise pendant vingt minutes et ont braqué sa bijouterie. Blessé à l'épaule, il a fermé sa boutique pendant cinq semaines et ne s'en remet pas.

Jeudi, il l'a raconté au ministre de l'Intérieur Manuel Valls, venu constater l'angoisse diffuse qui gagne certaines campagnes, justifiant selon lui les moyens renforcés de la ZSP, normalement réservés aux quartiers difficiles.

"Les gens nous disent à 18h00 on ne vient pas dans le centre ville, on a peur", lui raconte le bijoutier: "On perd en pouvoir d'achat".

"Notre problème c'est que l'on est loin des grandes villes. Les malfrats, les vrais, préfèrent venir dévaliser une bijouterie ici qu'à Bordeaux car les risques pour eux sont moindres", déclare aussi le maire PS Robert Provain.

Concernant Henri Trobat, il s'agissait bien d'une bande itinérante. L'un des malfaiteurs venait de Périgueux, l'autre de Marseille, selon lui.

"Les villes sont davantage protégées (...) c'est ce qui explique que l'on installe des zones de sécurité prioritaires comme ici", où quatre gendarmes supplémentaires ont été déployés explique aussi Manuel Valls, évoquant l'inquiétude semée partout en France par des réseaux de cambrioleurs "roumains, bulgares et tchétchènes".

Photo d'un panneau indiquant la présence de caméras vidéo dans la rue à Sainte-Foy-la-Grande, le 4 juin 2013 [Jean Pierre Muller / AFP]
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Photo d'un panneau indiquant la présence de caméras vidéo dans la rue à Sainte-Foy-la-Grande, le 4 juin 2013

La ZSP, couvrant dans cette région viticole plusieurs quartiers de Libourne, de Castillon-la-Bataille, de Sainte-Foy-la-Grande et de Pineuilh, affiche selon la sous-préfecture de Libourne une hausse des violences aux personnes et des cambriolages, critères déterminants pour le "sentiment d'insécurité", mais cette augmentation n'est pas dramatique.

Les violences aux personnes "sont en hausse d'environ 5% sur 2012-2013 mais auparavant elles stagnaient", déclare le sous-préfet Patrick Martinez.

Ce ne sont que "quelques dizaines de faits", et si l'on rentre dans le détail "47% de ces violences sont intrafamiliales", ajoute-t-il.

Quand aux cambriolages, ils ont augmenté d'environ 5% en début d'année 2013 mais une amélioration a été notée en mai, poursuit-il.

Malaise

Des événements alimentant le malaise car "dans un contexte rural comme celui-ci un fait se répercute avec force", dit le sous-préfet.

"On se retrouve avec des centre villes à moitié morts", explique aussi au ministre Valls un buraliste, Christian Gourdon, accusant la "grande distribution" d'avoir provoqué la fermeture d'une cinquantaine de commerces.

Deux gendarmes parlent à un joailler durant une patrouille à Sainte-Foy-la-Grande, dans le sud-ouest de la France, le 4 juin 2013 [Jean Pierre Muller / AFP]
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Deux gendarmes parlent à un joailler durant une patrouille à Sainte-Foy-la-Grande, dans le sud-ouest de la France, le 4 juin 2013

Or, dans ces espaces vides et paupérisés, dit-il à l'AFP, "il y a tout un trafic dans la ville au niveau de la drogue".

Surtout, la structure de la population a changé. Depuis une dizaine d'années, le village a accueilli de plus en plus de personnes chassées de villes comme Bordeaux où elles n'ont plus les moyens de vivre. Un phénomène observé "partout en France", selon Valls.

Ici, ce sont des "précaires, des maghrébins, des gens du voyage", qui, pour ces derniers, se regroupent dans le centre de la bastide, dans l'espace publique, comme c'est leur habitude, entraînant des incidents de voisinage, selon le maire.

Au sein du lycée de Sainte-Foy le proviseur François Nieudan note aussi des phénomènes de "communautarisme", qui n'existaient pas lorsqu'il est arrivé il y a huit ans de Paris.

Pour tenter d'apaiser les esprits, la municipalité a mis en place des caméras de vidéosurveillance et un système de "voisins vigilants", chargés dans les zones réputées difficiles de "signaler des problématiques dans le quartier".

Enfin les commerçants auront bientôt accès à un dispositif d'alerte par SMS: s'ils remarquent des personnes susceptibles de poser un problème, ils pourront envoyer un texto d'alerte à la gendarmerie.

L'insécurité est aussi parfois surtout dans les esprits, dit le maire, mais "la ruralité est abandonnée depuis des années et on était arrivés à un point de rupture", ajoute-t-il non sans déplorer "les manipulations" du Front national, qu'il accuse de répandre toute sortes de rumeurs.

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