Journée à rebondissements dans l'affaire Tapie

L'homme d'affaires Bernard Tapie, pris en photo le 26 mai 2013 à Marseille L'homme d'affaires Bernard Tapie, pris en photo le 26 mai 2013 à Marseille [Gerard Julien / AFP/Archives]

Stéphane Richard a affirmé aux enquêteurs que Bernard Tapie était présent en 2007 à une réunion à l'Elysée destinée à mettre en place la procédure d'arbitrage dans l'affaire Crédit lyonnais/Adidas.

Interrogé par l'AFP, Bernard Tapie a déclaré ne "pas se souvenir d'une réunion à cette date", qui ne pouvait selon lui "être une réunion de validation mais d'information".

Mis en examen pour "escroquerie en bande organisée" dans cette affaire, M. Richard, PDG d'Orange et ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde lorsqu'elle était ministre de l'Economie, a expliqué, durant sa garde à vue de 48 heures, avoir été "convoqué" à une réunion à l'Elysée par le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant et le secrétaire général adjoint François Pérol., le 24 ou 25 juillet 2007.

M. Richard a raconté avoir été "convoqué" à l'Elysée par Claude Guéant le 24 ou 25 juillet 2007, a indiqué à l'AFP la source proche de l'enquête. Jean-François Rocchi avait reçu la même convocation à cette réunion dont l'objet n'avait pas été précisé, a ajouté cette source.

 

"Le prochain, c'est Guéant"

L'homme d'affaires Bernard Tapie, pris en photo le 26 mai 2013 à Marseille [Gerard Julien / AFP/Archives]
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L'homme d'affaires Bernard Tapie, pris en photo le 26 mai 2013 à Marseille
 

Claude Guéant a alors tranché: "Nous allons faire l'arbitrage", a rapporté M. Richard aux enquêteurs. Lui-même et M. Rocchi ont raconté avoir été "surpris", à leur arrivée au bureau de M. Guéant de se retrouver face à MM. Guéant, Pérol et Tapie, comprenant alors que la réunion avait pour enjeu l'arbitrage.

L'enquête a par ailleurs montré que M. Tapie avait eu de nombreux rendez-vous avec M. Sarkozy lui-même.

Contacté par l'AFP, l'entourage de M. Richard n'a pas souhaité faire de commentaire. L'avocat de M. Rocchi, Me Jean-Alain Michel, n'a voulu "ni confirmer ni infirmer" l'information.

M. Richard avait indiqué la semaine dernière à l'AFP avoir participé à une réunion de "validation" de l'arbitrage à l'Elysée, sans mentionner M. Tapie.

Ce dernier interrogé jeudi par l'AFP a déclaré "ne pas se souvenir de cette réunion à cette date". Cependant "une réunion pour expliquer (sa) position" lui "paraît un processus logique, après que les liquidateurs de (son) groupe eurent suggéré l'arbitrage suite à l'échec de la médiation", entre le Crédit Lyonnais et le groupe Tapie.

L'ex-ministre de l'Intérieur Claude Guéant, le 14 décembre 2011 à Paris [Bertrand Guay / AFP/Archives]
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L'ex-ministre de l'Intérieur Claude Guéant, le 14 décembre 2011 à Paris
 

Si réunion il y a eu, "six mois avant l'arbitrage", il s'agirait en aucun cas d'une "réunion de validation" mais d'une "réunion d'information" afin d'évaluer "à quel point la solution de l'arbitrage a mis l'Etat à l'abri de très mauvaises surprises", a-t-il estimé.

"Quand c'est pas bidon, décider d'un arbitrage demande consultation, décision puis arbitrage", a-t-il fait valoir en précisant que Mme Lagarde avait ensuite "demandé des consultations à des spécialistes".

Placé au coeur de l'affaire, Claude Géant, devrait être prochainement convoqué par les enquêteurs qui ont déjà perquisitionné son cabinet et son domicile. "Le prochain, c'est Guéant, c'est sûr", craint un responsable de l'UMP. Contacté par l'AFP, M. Guéant n'a pas donné suite.

L'actuel président de la BPCE, François Pérol, se défend d'avoir joué un rôle: "Il n'a pas travaillé à l'Elysée sur ce dossier-là. C'était traité à Bercy", assure un proche du dossier.

Très incertain, le maintien de M. Richard à la tête d'Orange sera décidé en début de semaine prochaine. M. Rocchi va de son côté démissionner de son poste de PDG du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique de l'Etat.

Jean-François Rocchi, président du Consortium de réalisation (CDR, chargé de liquider le passif du Crédit lyonnais), également mis en examen, avait reçu le même convocation à cette réunion, dont l'objet n'avait pas été précisé, a ajouté cette source.

M. Guéant a indiqué: "Nous allons faire l'arbitrage", a rapporté M. Richard aux enquêteurs. Lui-même et M. Rocchi leur ont tous deux dit que M. Tapie était présent à cette réunion, de même que le secrétaire général adjoint de l'Elysée, François Pérol.

Contacté jeudi par l'AFP, l'entourage de M. Richard n'a pas souhaité faire de commentaire. L'avocat de M. Rocchi n'avait pu être joint.

M. Richard avait indiqué la semaine dernière à l'AFP avoir participé à une réunion de "validation" de l'arbitrage à l'Elysée, sans mentionner le nom de M. Tapie

M. Tapie a précisé jeudi à l'AFP "ne pas se souvenir de cette réunion à cette date, six mois avant l'arbitrage".

Cependant "une réunion pour expliquer (sa) position" lui "paraît un processus logique, après que les liquidateurs de (son) groupe eurent suggéré l'arbitrage suite à l'échec de la médiation", entre le Crédit lyonnais et le groupe Tapie sur la vente d'Adidas.

 

Rocchi démissionne

Par ailleurs, Jean-François Rocchi, mis en examen dans l'enquête sur l'arbitrage favorable à Bernard Tapie, va démissionner de son poste de PDG du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), le service géologique de l'Etat, a-t-on appris jeudi de sources proches du dossier.

 

Richard sur la sellette

Dans la matinée, le gouvernement et la classe politique s'interrogeaient sur l'avenir de Stéphane Richard à la tête d'Orange après sa mise en examen dans le cadre de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais, mais les hommes d'affaires appelaient eux à la plus grande prudence.

"La question est posée", a résumé la ministre de l'Economie Fleur Pellerin sur RTL, interrogée sur l'avenir de M. Richard chez l'opérateur téléphonique. "Et la réponse devrait être apportée par le conseil d'administration qui se réunira dans les jours prochains.", a-t-elle ajouté.

 

Le témoignage d'un proche de Tapie

La journée avait commencé avec les révélations fracassantes de l'homme d'affaires Benoît Bartherotte. Il avait décrit dans le quotidien Sud-Ouest un Bernard Tapie lançant "Ca y est: j'ai les sous" le soir de l'élection de Nicolas Sarkozy en 2007. Il a reconnu par la suite que c' était "une interprétation", tout en se disant convaincu qu'il "comptait bien" à l'époque obtenir un arbitrage dans ses démêlés avec le Crédit lyonnais.

Bernard Tapie s'est montré scandalisé de cette phrase, affirmant à l'AFP: "Ce type dit n'importe quoi sur moi". "Le soir de l'élection de Sarkozy, j'étais chez moi, avec mes parents, mes enfants, et sauf si ce monsieur était caché dans un placard à balais, je ne vois pas comment il a pu entendre ce que je disais ce soir-là".

 

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