L'assassin présumé d'Agnès Marin devant les assises pour mineurs

Photo non datée d'Agnès Marin [- / /Gendarmerie/AFP/Archives] Photo non datée d'Agnès Marin [- / /Gendarmerie/AFP/Archives]

Le procès de l'assassin et violeur présumés d'Agnès, la collégienne de 13 ans retrouvée calcinée en novembre 2011 au Chambon-sur-Lignon, s'ouvre mardi devant les assises des mineurs de Haute-Loire, qui le jugent aussi pour le viol, un an plus tôt, d'une mineure dans le Gard.

Un procès qualifié de "sensible" par la Chancellerie, non seulement par la "nature des faits" particulièrement barbares et leur "réitération", mais aussi en raison de l'énorme retentissement de ce drame.

S'en était suivie une vive polémique sur l'évaluation de la dangerosité et le suivi judiciaire des délinquants sexuels, le gouvernement Fillon dénonçant alors des "dysfonctionnements" dans le suivi de Matthieu.

Ce procès de neuf jours, où nombre de médias sont accrédités, pourrait toutefois se tenir à huis-clos, malgré le souhait contraire de la famille d'Agnès, l'accusé, aujourd'hui âgé de 19 ans, étant mineur au moment des faits.

La cour décidera dans la matinée si les débats seront publics, ou bien à huis-clos total. Mais elle peut également décider d'un huis-clos partiel, concernant notamment le premier viol.

"La justice a tué ma petite fille, nous voulons que le public sache", ne cesse de proclamer dans les médias Armel Marin, le grand-père d'Agnès, dénonçant "trois fautes lourdes", à l'origine selon lui du drame: quand, après le premier viol, l'expert psychiatre avait jugé que "cet effroyable bonhomme" n'était "pas dangereux", lorsque la juge des libertés l'avait libéré, et lorsque le collège-lycée Cévenol l'avait admis à sa sortie de détention provisoire pour ce viol sur mineure.

Des jeunes aux funérailles d'Agnès Marin, le 26 novembre 2011 à Notre Dame de l'éternel secours à Paris [Thomas Samson / AFP/Archives]
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Des jeunes aux funérailles d'Agnès Marin, le 26 novembre 2011 à Notre Dame de l'éternel secours à Paris
 

Elève en troisième dans cet établissement privé select, où tous deux étaient internes, la jeune Parisienne avait disparu le 16 novembre 2011, après une après-midi libre. Matthieu avait lui-même participé aux recherches dans la forêt.

"Froid et sans émotion"

Très vite les soupçons s'étaient portés sur ce garçon, griffé au visage. Placé en garde à vue le 17 novembre, ce "mineur très froid et sans émotion", selon le parquet, dirigeait le lendemain soir les enquêteurs vers un ravin d'une forêt des environs, où gisait le corps carbonisé d'Agnès.

Il reconnaissait alors l'avoir attirée dans la forêt sous prétexte de chercher des champignons hallucinogènes.

Outre les violences sexuelles, l'autopsie révélait qu'elle avait reçu dix-sept coups de couteau. Son ADN était notamment retrouvé dans une tache de sang sur le jean porté par Matthieu ce jour-là.

Elève de première, Matthieu avait intégré un an plus tôt cet internat protestant dans le cadre d'un contrôle judiciaire strict après quatre mois de détention provisoire pour le viol sous la menace d'une arme d'une amie de 16 ans, dans le Gard, en août 2010.

Remis en liberté par la juge des libertés "sur réquisitions conformes" du parquet, il était suivi par la Protection Judiciaire de la Jeunesse du Gard (PJJ).

Son père avait alors convaincu le directeur du Collège-lycée Cévenol, Philippe Bauwens, d'accepter Matthieu, astreint à un "suivi psychiatrique ou psychologique" pour "prévenir tout risque de récidive".

Photo non datée d'Agnès Marin, diffusée par la Gendarmerie nationale [- / /Gendarmerie nationale / AFP]
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Photo non datée d'Agnès Marin, diffusée par la Gendarmerie nationale
 

"On savait qu'il avait eu des ennuis avec la justice mais on n'en connaissait pas la nature. Et nous n'avions aucun contact avec les services de justice", dira plus tard M. Bauwens, insistant sur la vocation du collège à "donner une seconde chance" aux jeunes que la justice juge "réinsérables".

Dans un entretien au quotidien La Montagne, le pédopsychiatre Claude Aiguesvives, qui avait conclu à "l'absence de dangerosité" de Matthieu, s'est dit "catastrophé" par cette récidive.

"Matthieu avait une addiction énorme aux stupéfiants et aux jeux vidéos et une vulnérabilité psychologique antérieure qui a été sous-évaluée", estime celui qui témoignera au procès.

Pour Me Francis Szpiner, l'avocat de la famille Marin, il y a eu un "dysfonctionnement de l'institution judiciaire" et le sentiment de cette famille est que si la justice n'avait pas libéré une première fois l'accusé, il serait en prison et leur fille vivante.

Le verdict est attendu le 28 juin.

 

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