Peur sur les villes

Plusieurs zones du territoire sont, depuis des mois, le théâtre de scènes d’une rare violence. L’Etat ne parvient pas à limiter cette criminalité.

 

Une ultraviolence devenue ordinaire. Hier après-midi, un homme était abattu à bout portant dans le 13e arrondissement de Marseille. C’était le fils de José Anigo, directeur sportif de l’OM, soupçonné d’avoir participé à des braquages par le passé.

Quelques heures plus tôt, un autre individu avait été exécuté à La Ciotat (Bouches-du-Rhône). Deux jours plus tôt, des jeunes ouvraient le feu sur un homme à Colombes (Hauts-de-Seine), au lendemain d’une autre fusillade.

Ces incidents sont les illustrations d’une criminalité qui se développe sur fonds de trafics de drogue et  qui, en marge de la délinquance du quotidien, inquiète de plus en plus la population. Les autorités également. Hier encore, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls était présent à Colombes pour témoigner de sa détermination.

 

Des bandes prêtes à tout 

«Toutes proportions gardées, nous connaissons dans certains quartiers une situation comparable à Marseille», reconnaissait cette semaine Philippe Sarre (PS), le maire de Colombes, qui a connu en deux ans une vingtaine d’affrontements armés.

Et l’édile de relever un autre point commun entre ces villes : «La logique mafieuse». Contrôle des «territoires», manne financière illicite…

«Le marché de la drogue est le premier employeur de France, constate Charles Pellegrini, ex-chef de l’Office central pour la répression du banditisme. Des guetteurs aux dealers, il fait vivre les cités.» Et pour s’imposer, les rivaux sont prêts à tout. «Avant, les gros voyous de Marseille tenaient la ville en main. Aujourd’hui, les criminels n’ont plus aucune borne.»

De tels comportements ne sont pas l’apanage de la cité phocéenne. A Colombes, «la population est inquiète», nous confiait le maire.

A Marseille, les disputes qui dégénèrent se mêlent aussi aux règlements de comptes : des tirs de kalachnikov avaient retenti dimanche après un différend en boîte de nuit. La preuve d’un «accès trop facile à des armes de guerre», selon le procureur.

 

L’exécutif tente d’intervenir

Face à cette spirale de violence, le gouvernement, tout comme ses prédécesseurs, tente de trouver des solutions. Déplacements de cinq membres du gouvernement fin août à Marseille –  avec la promesse de nouveaux CRS sur place, envoi de soixante-dix policiers cette semaine à Colombes, création depuis un an de soixante-quatre Zones prioritaires de sécurité dans les quartiers sensibles… l’exécutif multiplie les initiatives.

Samia Ghali, maire des 15e et 16e arrondissements de Marseille, réclame même l’intervention de l’armée pour assurer la sécurité de ses administrés, après la mise en lumière d’une récente agression dans un hôpital de la ville.

L’année dernière, elle avait déjà réclamé des moyens alors que les règlements de comptes se multipliaient. Mais, pour Charles Pellegrini, l’envoi de renforts n’est «qu’une rustine sur une chambre d’air qui fuit».

L’amélioration de la situation passe selon lui par «un virage de la politique pénale actuelle, afin de rétablir la crainte de l’autorité et la peur de la sanction». Une tâche délicate face à des hommes qui n’ont plus «peur de rien».

 

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