Nice : information pour homicide volontaire

Des policiers devant la bijouterie "La Turquoise" le 11 septembre 2013 à Nice Des policiers devant la bijouterie "La Turquoise" le 11 septembre 2013 à Nice [Jean-Christophe Magnenet / AFP]

Le procureur de la République de Nice, Eric Bedos, a annoncé vendredi l'ouverture d'une information judiciaire pour homicide volontaire à l'encontre du bijoutier qui a tué mercredi un des braqueurs de son magasin, alors que les réseaux sociaux fourmillaient de messages de soutien au commerçant, invoquant la légitime défense. 

Il a par ailleurs requis l'"assignation à résidence avec surveillance électronique" de Stephan Turk, père de famille de 67 ans sans antécédent judiciaire, ce qui suppose toutefois l'accord de l'intéressé, en cours de défèrement devant deux juges d'instruction.

"En l'état des investigations, des constatations, des déclarations, j'ai la conviction que nous sommes en présence d'indices qui montrent que ce monsieur a agi volontairement pour donner la mort à ce malfaiteur", a déclaré lors d'une conférence de presse le magistrat, qui a donc décidé de ne pas retenir la légitime défense.

"La vie doit être absolument préservée, y compris dans ces circonstances-là", a-t-il ajouté, soulignant que "la vie (du bijoutier) n'était pas directement menacée" et qu'"il n'avait pas à se saisir de cette arme, qu'il détenait illégalement".

Toutefois, le commerçant, qui "conteste" avoir agi volontairement, n'a "jamais été condamné, son casier judiciaire est vierge, il est inséré dans la société. Il a commis ce fait (...) dans un contexte particulier de violences fortes à son encontre", a souligné M. Bedos.

Une autopsie devrait intervenir dans les heures qui viennent, a-t-il précisé, pour déterminer la trajectoire du projectile qui a coûté la vie à Antony, un jeune homme de 18 ans, mortellement blessé d'une balle dans le dos après avoir braqué la bijouterie.

Des expertises balistiques et une reconstitution des faits viendront également compléter les investigations.

 

Il encoure une peine de prison de 30 ans.

 

Jeudi soir, le bijoutier, frappé à coups de poing et de pied lors du hold-up de sa boutique, a été hospitalisé pendant deux heures à l'issue de sa garde à vue pour homicide volontaire. Le médecin qui l'a examiné a jugé que son état de santé était compatible avec son défèrement, a-t-on appris de source proche de l'enquête.

Stephan Turk, père de famille de 67 ans, était jusque là inconnu des services de police et de la justice, selon son avocat Franck de Vita.

Des policiers devant la bijouterie "La Turquoise" le 11 septembre 2013 à Nice [Jean-Christophe Magnenet  / AFP]

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Des policiers devant la bijouterie "La Turquoise" le 11 septembre 2013 à Nice
 

Depuis mercredi, le bijoutier a reçu de nombreux soutiens. La députée FN Marion Maréchal-Le Pen a mis en cause vendredi une justice française "inefficace". "Il en est assez de cette France qui défend systématiquement les malfaiteurs et leur cherche des excuses", s'insurge dans un communiqué l'élue du Vaucluse, estimant que le bijoutier, "pour défendre le fruit de son travail, (avait) réagi dans la panique".

Jeudi, plusieurs dizaines de personnes s'étaient rassemblées place Masséna, dans le centre de Nice, tandis que sur internet, la vague de soutien ne faiblissait pas.

Une page Facebook, intitulée "Soutien au bijoutier de Nice", comptait vendredi à la mi-journée plus de 400.000 "fans". "Son acte s'appelle légitime défense, nous aurions tous fait de même", écrivait l'un d'entre eux. D'autres estimaient que "les premiers responsables de cette tragédie, ce sont les braqueurs".

 

"Il a tiré dans le dos"

Les twittos se sont aussi mobilisés, créant le hashtag #SoutienBijoutierNice.

Enfin, une pétition a été mise en ligne sur le site mesopinions.com: adressée à la ministre de la Justice Christiane Taubira, elle avait recueilli plus de 25.000 signatures.

Experts et policiers autour du corps de l'homme abattu par un bijoutier le 11 septembre 2013 à Nice [Jean-Christophe Magnenet  / AFP]
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Experts et policiers autour du corps de l'homme abattu par un bijoutier le 11 septembre 2013 à Nice
 

Il est 08H45 mercredi, heure de l'ouverture de la boutique "La Turquoise", quand Stephan Turk se fait braquer par deux jeunes gens, "grands, casqués, l'un portant un sac de sport, l'autre a un fusil à pompe, semble-t-il", au vu des images enregistrées par la vidéosurveillance, a raconté le procureur de la République, Eric Bedos.

Sous la menace de l'arme et lui portant des coups, "ils lui demandent d'ouvrir le coffre". Le commerçant obtempère et les deux malfaiteurs s'emparent de bijoux, avant de repartir sur un scooter de grosse cylindrée qui sera retrouvé sur les hauteurs de Nice.

Le bijoutier se saisit alors d'une "arme de poing" et, depuis le pas de son commerce, "fait feu à trois reprises", touchant "au moins une fois le passager dans le dos" qui succombera quelques minutes plus tard "sur le pavé", selon le magistrat.

La victime, un jeune homme de 18 ans prénommé Antony, avait déjà été condamné par la justice pour des vols, des violences et des infractions routières.

"Il (le bijoutier) a tiré dans la rue et dans le dos. Je n'appelle pas ça de la légitime défense", a réagi son frère Yannick.

Le conducteur a, lui, réussi à prendre la fuite. Une des connaissances du braqueur abattu s'est spontanément présenté jeudi à la police et a été placé en garde à vue, "mais rien ne dit pour l'instant qu'il s'agit du second braqueur", selon une source proche de l'enquête.

La boutique attaquée avait déjà fait l'objet d'un "vol à la disqueuse" en 2012, avait déploré mercredi Yann Turk, le fils du bijoutier, faisant part de son "dégoût" et de son "ras-le-bol".

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