Vincent Peillon : "aller rechercher les décrocheurs"

Le ministre de l'Education nationale veut accentuer la lutte contre le décrochage scolaire. Le ministre de l'Education nationale veut accentuer la lutte contre le décrochage scolaire.[© R. Meigneux/Sipa ]

L’Éducation nationale est parvenue à aider en 2013 plus de 30 000 élèves ayant abandonné les cours. Un travail que Vincent Peillon souhaite accentuer. 

 

Ils ont quitté le train en marche sans arriver à destination. Alors qu’on estime à environ 140 000 le nombres d’élèves âgés de 16 à 25 ans qui quittent chaque année le système scolaire français sans diplôme, l’Éducation nationale a annoncé mercredi avoir réussi en 2013 à en remettre plus de 30 000 sur les rails.

Un combat de longue haleine que le ministre Vincent Peillon veut poursuivre dans les prochaines années. Il s’intègre selon lui dans la refondation de l’école qu’il a mise en place. 

 

Quel bilan tirez-vous de la lutte menée contre le décrochage scolaire ?

Notre objectif était ambitieux : raccrocher 20 000 élèves en 2013 – contre 9000 en 2012. Nous l’avons dépassé : 20 000 jeunes sont retournés en formation initiale et 3 000 effectuent un service civique. Sans oublier les 11 000 élèves pris en charge par la Mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS) pour un retour progressif vers la formation. C’est un résultat satisfaisant, dont le mérite revient aux acteurs de terrain, qui travaillent au plus proche de ces jeunes gens et de ces jeunes filles.

 

Qui sont ces élèves qui partent en cours de route ?

Chaque parcours, chaque profil de décrocheur est unique. On observe des ruptures pour des problèmes de santé, pour des problèmes familiaux, pour des problèmes sociaux bien sûr, des parcours difficiles liés à de mauvaises orientations. Cela oblige à faire du cas par cas, à avoir une approche individualisée, à s’intéresser à eux non seulement comme des élèves mais aussi comme des personnes, dans toutes les dimensions de leur existence. 

 

Les élèves scolarisés en lycée professionnel sont les plus touchés.Pourquoi ?  

Outre la concentration des difficultés sociales et scolaires, c’est d’abord là que se joue le problème de l’orientation subie, de l’affectation non désirée. Nous allons considérablement progresser sur ce point avec le parcours d’orientation et de découverte des métiers dès la 6e.

 

On entend parfois dire que le bac n’a plus de valeur, que les diplômes ne servent pas…

C’est une fausse idée. Au contraire, les études montrent que nous sommes le pays où le lien entre diplôme et emploi est le plus grand. Pour les garçons et les filles sans diplôme, la situation est beaucoup plus difficile. Ils sont deux fois plus marqués par le chômage que les autres.

 

Peut-on anticiper ces décrochages ?

Un quart d’une génération d’élèves (environ 140 000 par an) sort du système sans qualification. Ces jeunes qui sont partis, nous allons les récupérer. Mais l’objectif est qu’ils ne partent pas, que l’on prévienne plutôt que l’on guérisse, ce sera plus efficace encore. Ce travail implique l’engagement de toute l’école, dès le plus jeune âge, pour repérer les signes précoces, dont notamment l’absentéisme.

 

Que faut-il changer dans le système éducatif pour mieux lutter ?

L’une des causes du décrochage, c’est un système éducatif qui est parfois violent à l’égard d’un certain nombre d’enfants. C’est pourquoi nous refondons l’école avec la priorité au primaire, la formation des professeurs, un meilleur temps scolaire et une réforme des programmes. Le combat contre le décrochage suppose aussi de nouvelles pratiques pédagogiques, un meilleur système d’orientation, un accompagnement individualisé pour les élèves en difficulté, des évaluations qui font progresser au lieu de sanctionner, une limitation du redoublement, qui est souvent une antichambre du décrochage...Et nous allons lancer une profonde réforme de l’éducation prioritaire.

 

Vous souhaitez récupérer 25 000 jeunes en 2014, et diviser par deux leur nombre d’ici à la fin du quinquennat...

J’ai fixé le cap de 25 000 et nous ferons tout pour le dépasser. Au-delà, prévenir le décrochage est une politique de long terme. Nous obtenons des résultats au fur et à mesure et nous tiendrons l’engagement fixé par le Président de la République. Cela est encourageant pour ceux qui agissent, mais aussi pour les jeunes décrocheurs, qui comprennent qu’ils sont considérés, qu’ils peuvent obtenir l’attention qu’ils réclament pour avancer. 

 

Y a-t-il des “rechutes” parmi les élèves récupérés ?   

Parmi les dizaines de milliers de jeunes décrocheurs contactés l’an dernier, certains étaient plus éloignés que d’autres de l’école. Certains s’étaient découragés, par exemple parce qu’ils n’avaient pas eu la formation qu’ils désiraient. Ceux là reviennent facilement. D’autres, avec des difficultés plus profondes, doivent entrer dans des parcours de resocialisation. Mais de manière générale, nous devons changer notre regard sur l’échec, accepter qu’il fasse partie des trajectoires sans se transformer en exclusion, en couperet. L’échec ne doit pas être une voie sans issue. 

 

Récupérer les décrocheurs, c’est investir pour l’emploi ?

La professionnalisation est très importante pour ces jeunes, qui souvent ont besoin d’une entrée rapide sur le marché du travail. Lorsque 25% des jeunes ne terminent pas leur formation, c’est non seulement l’économie, mais aussi la cohésion sociale et le civisme qui en pâtissent. Aider les jeunes décrocheurs, c’est agir pour eux, mais c'est aussi rendre service à toute la société française.

 

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