Xavier Mirabel : "Vincent Lambert n'est pas en fin de vie"

Le CHU de Reims [AFP / Archives]

Le sort de Vincent Lambert, ce jeune homme tétraplégique hospitalisé au CHU de Reims, sera fixé jeudi par le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne. Les médecins et son épouse préconisent l'arrêt de son alimentation. Ses parents s'y opposent.

 

Le 11 janvier, le CHU de Reims a décidé de mettre fin aux "traitements de nutrition et à l'alimentation" de Vincent Lambert, 37 ans, tétraplégique, victime d'un accident de la route en 2008. Les parents du patient ont saisi le tribunal administratif de Châlons-en-Champagne, pour empêcher l'application de cette décision, soutenue par l'épouse du jeune homme. La décision des juges est attendue jeudi.

Xavier Mirabel, cancérologue, président d'Alliance Vita, une organisation qui préconise conjointement le refus de l'euthanasie et de l'acharnement thérapeutique, livre son analyse sur ce cas douloureux et complexe.

 Xavier Mirabel (DR)

 

>>> Sait-on si Vincent Lambert est conscient aujourd'hui ?

Il y a incontestablement une forme de conscience, puisque Vincent Lambert a pu exprimer ponctuellement des ressentis désagréables ou des situations d'inconfort à l'occasion de soins. Il est donc en partie conscient, sans pouvoir envoyer de message. C'est un état de conscience minimale.

 

>>> La question de la conscience suffit-elle à analyser le cas et à justifier une décision sur son sort ?

Non. De nombreuses personnes sont dans des situations d'inconscience totale durant des semaines ou des mois, sans que ne se pose la question de l'arrêt de l'alimentation ou de l'hydratation. L'enjeu lié à la situation de Vincent Lambert dépasse la seule question de l'état de conscience.

 

>>> Si le tribunal administratif confirme la décision du corps médical, craignez-vous un "effet cliquet" ?

Un tel effet est en effet envisageable pour les nombreuses autres personnes qui sont dans des situations similaires dans des établissements de soins ou dans leurs familles. Il y a là un impact potentiel évident qui risque de fragiliser la situation des personnes qui souffrent d'un état pauci-relationnel.

 

>>> Une telle décision pourrait-elle faire jurisprudence ?

Dans le cas de Vincent Lambert, ceux qui préconisent l'arrêt de son alimentation, tentent à mon sens une interprétation excessive de la loi Leonetti. Vincent Lambert n'est pas en fin de vie. Il n'est pas malade non plus. Dès lors, la loi Leonetti ne peut pas s'appliquer. Il y a un vrai risque d'emballement.

 

>>> Le cas de Vincent Lambert n'est-il pas traité dans un registre trop émotionnel, nuisible à un examen raisonné ?

Je trouve qu'il y a quelque chose de difficile à admettre dans ce déballage médiatique et juridique. La situation de Vincent Lambert relève de l'intime, du douloureux. La médiatisation pousse les uns et les autres à adopter des positions sur lesquelles ils ne peuvent revenir au risque de se déjuger. C'est extrêmement regrettable.

 

>>> Au cours de sa conférence de presse, François Hollande a fait part de sa volonté de légiférer à nouveau sur la fin de vie. Quelle est votre réaction ?

Je ne suis pas tellement surpris. Dans un contexte de crise, particulièrement difficile, les réformes de société sont un marqueur de son gouvernement. Je suis préoccupé car, avec cette question, nous avançons à pas feutrés vers une rupture sociétale et l'abandon des personnes en fin de vie. Je crains que le gouvernement n'y soit très résolu.

 

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