Procès Rwanda: l'accusé appelle à reconnaître son "innocence"

Un relief représentant le blason de la justice et sa balance, au Palais de justice de Paris [Jacques Demarthon / AFP/Archives] Un relief représentant le blason de la justice et sa balance, au Palais de justice de Paris [Jacques Demarthon / AFP/Archives]

Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide de 1994, a appelé vendredi la cour d'assises de Paris à reconnaître son "innocence" et à "ne pas se laisser rouler", avant les délibérations du jury.

"Dans quelques instants vous serez seuls devant votre conscience, vous êtes appelés à décider de ma destinée. La tâche vous sera aisée, vous savez sûrement de quel côté penche l'innocence", a-t-il lancé en guise de derniers mots aux trois magistrats professionnels et six jurés.

"Dites au monde qu'au nom de la France vous ne vous laisserez jamais dévier, jamais rouler", a-t-il ajouté, au lendemain d'une violente charge de sa défense dénonçant ce procès historique comme "politique" et appelant les jurés citoyens à ne pas se laisser "manipuler" par les juges professionnels.

Lisant sa déclaration pendant une dizaine de minutes, le capitaine Simbikangwa a fustigé l'accusation, qui a requis la perpétuité pour génocide, comme "une déduction qui fait abstraction de la moindre logique non-aléatoire", une "démarche occulte qui s'éloigne de la rationalité que la justice de France, éclaireur du monde, doit s'interdire".

"La justice française (n'ayant) rien sur moi (...) il reste une seule question", a-t-il estimé: son affirmation de n'avoir vu aucun corps tout au long du génocide qui fit 800.000 morts, principalement Tutsi, d'avril à juillet 1994.

"Comment un homme ratatiné sur lui-même ", a lancé l'accusé, paraplégique et cloué en fauteuil roulant, "dans un pays où il y a des centaines de milliers de morts, que d'ailleurs il reconnaît, n'a pas vu de morts. Mais qu'est-ce que j'ai à gagner en disant que je n'ai pas vu de corps?"

Photo non datée de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide de 1994 [ / Interpol/AFP]
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Photo non datée de Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide de 1994

"A toutes les victimes tutsi, je pense à eux. Pardon pour les faiblesses de ma condition qui ne m'ont pas permis de vous venir en aide comme je l'aurais voulu", a-t-il encore dit. Pascal Simbikangwa, qui a sauvé un certain nombre, controversé, de Tutsi des massacres, en a fait un de ses arguments de défense.

La cour s'est retirée pour délibérer peu après 10H00. Elle devra répondre à 24 questions et éventuellement quatre questions subsidiaires. Pascal Simbikangwa est accusé de génocide et complicité de crimes contre l’humanité.

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