La semaine de Philippe Labro : sportifs en scène, politiques en coulisses

Philippe Labro.[THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

SAMEDI 13 SEPTEMBRE

J’ai succombé, pendant tout l’après-midi de ce samedi si ensoleillé, à la tentation d’une orgie télévisée de sport. «Patate de canapé», comme on appelle, en Amérique, ceux qui passent leur vie, affalés dans leurs sièges, à regarder le (ou les) petit écran, j’entame le marathon par le double décisif de l’équipe de France de tennis en Coupe Davis.

Gasquet et Tsonga sont survoltés. Roland-Garros tremble, frémit, applaudit et ovationne à chaque geste qui va rapprocher ce double d’une victoire à 3-0 et, donc, d’une place en finale. Le premier set me fait peur, mais ce qui suit me rassure : décidément, la conjonction de deux éléments – le terrain idéal, Roland-Garros, et la magie de cette Coupe Davis, avec tous les mythes et légendes qu’elle charrie – décuple la volonté et la «gagne» de Gasquet et Tsonga.

Voir, après le dernier coup vainqueur, ces deux jeunes gens s’embrasser, puis, avec tous les copains, entamer une Marseillaise reprise en chœur par les 18 000 spectateurs, satisfait mon chauvinisme masqué. Il n’y a rien à faire : on est toujours tout simplement content d’assister à un exploit sportif.

Mais il semble que l’autre exploit, le soir, lors de la rencontre France-Lituanie, pour la médaille de bronze de la Coupe du monde de basket à Madrid, soit aussi retentissant, aussi spectaculaire – sinon plus, peut-être, car cela se jouera, comme toujours au basket, jusqu’à la dernière des dernières secondes.

A la fin, même phénomène : les basketteurs s’adonnent à leur joie comme des gamins, alors qu’ils appartiennent à de grandes équipes (dont certains à la puissante NBA) et qu’ils ont, déjà, quelques années d’expérience – mais c’est ainsi : le drapeau, l’hymne, la sensation d’avoir répondu à tous les espoirs, tout cela a fait naître, aussi bien sur les visages de ces «pros» que sur celui du «potato couch» que je suis, une ineffable trace d’innocence. Mon fils, que je renseigne par textos alors qu’il est dans le métro, termine nos échanges en disant : «Je ne savais pas que tu aimais le basket.» Je lui réponds : «En vérité, j’aime tous les sports.»

 

LUNDI 15 SEPTEMBRE

J’aime, aussi, l’intelligente clarté avec laquelle Alain Duhamel, dans son nouveau livre, Une histoire personnelle de la Ve République, chez Plon, propose une vision distrayante mais sérieuse de la vie politique. On pourrait croire, après qu’il a, il y a peu, publié une série de portraits (Portraits souvenirs. 50 ans de vie politique) que le célèbre journaliste (RTL à 18h), essayiste, aujourd’hui membre de l’Institut de France, avait épuisé son stock, vidé toute sa mémoire. Il n’en est rien.

Avec ce nouveau volume, cette histoire très «personnelle» en effet, Duhamel nous offre des images, conversations, scènes et séquences totalement inédites, qui confirment son talent, et le rôle qu’il aura lui-même joué au centre de cette comédie-tragédie qu’est la vie politique (ceci en particulier grâce à ses créations et animations d’émissions télévisées).

Surtout, et c’est pour cela que je recommande le livre, c’est fait avec un sens aigu du récit, une limpidité d’écriture qui permet à tout un chacun de se passionner pour ces De Gaulle, VGE, Mitterrand, Chirac et autres Sarko-Hollande, sans être forcément un fana de la chose politique.

On croyait tout savoir de ces gens et des moments décisifs de la Ve République. Duhamel nous dit : «Non. Vous ne saviez pas tout, j’ai vécu ça de l’intérieur, et voici la vérité.» J’imagine qu’il en a encore sous sa plume, ou son encrier, si Duhamel écrit à la main, ce que j’espère.

 

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