Air France : les pilotes dans la rue

Les pilotes d'Air France seront dans la rue ce mardi 23 septembre. [Giuseppe Cacace / AFP/Archives]

Neuf jours que le bras de fer dure chez Air France autour du développement de sa low cost Transavia: malgré un nouvel appel du Premier ministre à "cesser" la grève, la moitié des avions sont encore au sol mardi et les pilotes descendent pour la première fois dans la rue.
 

Le SNPL, syndicat majoritaire dans la profession, a encore étendu son préavis de grève, qui court désormais jusqu'au 30 septembre. Ceux du Spaf, deuxième syndicat, et d'Alter (non représentatif) courent jusqu'à vendredi.

Air France devait assurer mardi 48% de ses vols, mais la situation était pire dans plusieurs aéroports: à Lille tous les vols Air France ont été annulés, 88% à Marseille. Pour mercredi, la compagnie a prévu de maintenir 46% de ses vols et s'attend à un taux de grévistes de 52%, en baisse sensible par rapport à la première semaine (65%).

Depuis le 15 septembre, plus de la moitié des avions de la compagnie sont cloués au sol. Il s'agit de la plus longue grève depuis 1998.Cette grève "doit cesser", elle "n'a aucune raison", "n'est pas comprise par les Français" et "représente un vrai danger pour la compagnie", a déclaré Manuel Valls sur Europe 1.

Le Premier ministre a appelé les pilotes "à la responsabilité". Il a maintenu son soutien à la direction d'Air France, dont l'Etat est actionnaire à hauteur de près de 16% et invité les pilotes à "examiner les propositions de la direction".

Une sortie de crise avait semblé se dessiner lundi. Las, la suspension du projet d'extension en Europe de Transavia, pour en discuter avec l'ensemble des syndicats d'ici à la fin de l'année, n'a pas calmé les pilotes.
 

Manifestation devant l'assemblée à 14H00

Ulcérés par la menace du PDG de rompre l'accord régissant depuis 2007 la filiale Transavia France, que le groupe entend développer sans attendre, les syndicats ont durci le ton et réclament désormais la suppression pure et simple du projet Transavia Europe.

Le PDG du groupe Air France-KLM Alexandre de Juniac a continué mardi à défendre son projet de développement de Transavia, seule parade selon lui à l'offensive des compagnies à bas coûts. Faute "d'accord" avec les personnels, le groupe sera contraint de le "retirer", "la mort dans l'âme", a-t-il dit.

Mais les pilotes restent persuadés que ce projet de créer de nouvelles filiales en Europe, avec des pilotes sous contrats locaux, moins avantageux socialement que les contrats français, est une porte ouverte à du "dumping social" interne et mènera à une "délocalisation" d'emplois français.
 

Pour le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies, "maintenant que la direction d'Air France a proposé d'arrêter le projet Transavia Europe, les positions doivent converger autour du développement de Transavia France".

La compagnie veut faire passer la flotte de Transavia France de 14 à 37 avions et rappelle que 1.000 emplois sont à la clé dans l'Hexagone, dont 250 pour les pilotes.Pour préserver leurs conditions d'emploi, les syndicats de pilotes restent arc-boutés sur leur revendication: un contrat unique pour tous les pilotes des gros avions du groupe Air France, quelle que soit la marque (Air France, Transavia ou Hop!).
 

Pour la première fois depuis le début de la grève, les pilotes sont invités à se rassembler, en uniforme, à 14h00 près de l'Assemblée Nationale, à Paris. Le SNPL AF Alpa a obtenu lundi le soutien de syndicats représentant les diverses catégories de personnel (CGT, Unac, l'Unsa, SNPNC-FO et SUD-aérien).
 

En revanche la CFDT a déploré "l'intransigeance" des pilotes et la CFE-CGC "un mouvement scélérat qui annihile tous les efforts réalisés par les autres salariés" pour redresser le groupe depuis 2012.
La grève "génère des pertes d'exploitation pouvant aller jusqu'à 20 millions d'euros par jour", d'après AF-KLM.
 

Cinq dirigeants de compagnies régulières françaises dont Air Caraïbes ont publié dans Le Monde une lettre ouverte au SNPL dans laquelle ils dénoncent le "jusqu'au-boutisme (...) ravageur" des pilotes. Ils appellent les entreprises "à s'adapter pour être compétitives face à des compagnies européennes qui ont déjà achevé leur transformation".

   

 

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