Air France : les pilotes toujours en grève

Image d'illustration.[ARCHIVES AFP]

La direction d'Air France a définitivement enterré jeudi le projet controversé de low cost Transavia Europe, dans l'espoir de trouver une porte de sortie à la grève, la plus longue jamais organisée par les pilotes de la compagnie.
 

 

Mercredi soir, la direction a annoncé l'abandon du projet de low cost Transavia Europe, à l'origine de la grève, tout en entamant des négociations avec les syndicats de pilotes représentatifs (SNPL et Spaf).

Jeudi, lors d'un comité central d'entreprise (CCE) d'Air France - programmé de longue date-, la direction a confirmé aux syndicats l'abandon "définitif" de ce projet, selon Mehdi Kemoune (CGT).

Parallèlement au CCE, des négociations, qui ont duré jusqu'à 04H00 jeudi, devaient reprendre en début d'après-midi, selon le SNPL, premier syndicat de pilotes (71%), qui a fait une "contre-proposition" après l'annonce de retrait de Transavia Europe.

Cette contre-proposition est "actuellement étudiée par la direction", a indiqué à l'AFP Guillaume Schmid, porte-parole du SNPL. "Dans l'attente, le mouvement se poursuit pour le moment", a-t-il ajouté, sans se prononcer sur le fond des négociations. "Chaque partie est dans une volonté d'aboutir au plus vite", a reconnu M. Schmid.

Du côté du gouvernement, les appels à cesser le mouvement continuent. Jeudi, c'était au tour du porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll: "Les pilotes ont une responsabilité: il faut que cette grève s'arrête". L'Etat détient près de 16% du capital de la compagnie aérienne. D'ores et déjà, il s'agit du plus long conflit de pilotes d'Air France, le précédent record, de 10 jours, ayant eu lieu en 1998.

Dans les aéroports, la moitié des avions Air France restent cloués au sol."La situation est inchangée" par rapport à la veille dans les aéroports parisiens, selon une source aéroportuaire contactée jeudi matin par l'AFP. Environ "40% des vols" Air France devraient être annulés dans la journée à Roissy, a-t-elle précisé.

A Toulouse, 75% des vols ont été annulés dans la matinée, comme à Marseille. A Lyon, 30% ont été annulés et à Strasbourg 15%. Au niveau national, près de la moitié des vols (47%) devraient être assurés par la compagnie, qui chiffre le coût de la grève entre 15 et 20 millions d'euros par jour. Le taux de pilotes grévistes est estimé à 62% pour jeudi, contre 52% mercredi.
   
 

'Deux ans d'efforts balayés'
      
Les syndicats à l'origine de la grève voient dans Transavia Europe un cheval de Troie pour une "délocalisation" rampante des emplois français.

Hasard du calendrier, lors CCE doivent être présentés les détails du plan "Perform 2020", axé sur le développement du low cost et qui fait suite au plan de restructuration "Transform 2015", qui aura entraîné la suppression d'environ 10% des effectifs à son échéance fin 2014.

"Plus la grève dure, plus la facture s'alourdit, et tous les salariés vont devoir la payer. On a fait deux ans d'efforts et tout est balayé en 10 jours", a commenté Béatrice Lestic, syndicaliste de la CFDT.

Le groupe aérien franco-néerlandais AF-KLM, numéro 2 européen dernière l'allemand Lufthansa, entend se positionner sur le marché des vols à bas coût et capter les "opportunités de croissance" qu'il pourrait lui offrir. Dans son viseur : Ryanair et easyJet, les poids-lourds du low cost en Europe.

Les inquiétudes des syndicats se cristallisent autour du développement d'une compagnie pan-européenne à bas coût qui imposerait à ses pilotes des contrats de statut local, soulevant un risque de "dumping social" et de "délocalisation" des emplois français, selon eux.

En août, la direction avait pourtant assuré à ses salariés que la réorganisation à venir du réseau court et moyen-courrier d'Air France n'entraînerait "aucun transfert" de personnel, de contrats de travail ou d'appareils. Des promesses qui n'ont visiblement pas convaincu les pilotes.

Mercredi, le Premier ministre, Manuel Valls, avait réclamé un règlement rapide du mouvement social chez Air France, appelant les deux camps à éviter la "surenchère".

"L'après-grève va être horrible à gérer", prédit Bruno Nègre, de la CFE-CGC, qui dénonce une nouvelle fois une "grève corporatiste" qui annihile tous "les efforts faits par d'autres, les personnels au sol".
     
   
   

 

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