Reims : des Hell's Angels au cœur d'un trafic d'armes

[CC / devra]

Six hommes, dont trois Hell's Angels, ont été mis en examen à Reims pour trafic d'armes, après la saisie d'un pistolet-mitrailleur qui a permis pour la première fois de relier ce gang de motards à la criminalité organisée des quartiers sensibles.

 

Parmi les suspects âgés de 20 à 42 ans, trois sont liés à la mouvance Hell's Angels et travaillent dans des salons de tatouage à Reims et dans l'Oise, les autres ayant déjà été condamnés pour des trafics de stupéfiants. Les six hommes ont été mis en examen jeudi, sept mois après la saisie d'un pistolet-mitrailleur vendu à des trafiquants de drogues présumés.

"C'est une des rares fois où nous pouvons établir une connexion entre des individus liés à un gang de motards criminels et des trafiquants de stupéfiants présumés issus des quartiers sensibles", a expliqué Jean-Philippe Fougereau qui dirige le SRPJ de Reims.

"Les Hell's Angels sont tellement bien organisés que les forces de l'ordre n'ont pas encore réussi à impliquer l'organisation dans une procédure judiciaire. Dès qu'un membre est arrêté, la structure va faire en sorte de se désolidariser et disparaître", a indiqué à l'AFP une autre source policière.

Cinq des six mis en examen, interpellés mardi par les hommes de la police judiciaire de Reims appuyés par le Raid, ont été placés sous mandat de dépôt après leur présentation au juge, le sixième étant déjà incarcéré dans le cadre d'une affaire de stupéfiants, a précisé Fabrice Belargent, le procureur de la République de Reims lors d'un point presse.

Selon lui, l'enquête a débuté en mars dernier après la découverte lors d'un simple contrôle, d'un pistolet-mitrailleur équipé d'un silencieux caché dans le coffre d'un véhicule conduit par trois personnes connues pour trafic de drogues.

"Nous avons pu identifier le vendeur de l'arme, un gérant d'un salon de tatouage membre du chapitre "Nomads" des Hell's Angels, et deux de ses complices présumés", a précisé le commissaire divisionnaire.

 

Des tatouages pour financer le gang

Les policiers ont saisi plusieurs armes, de l'argent, un drapeau nazi et la comptabilité du salon de tatouage "dont une bonne partie des recettes semble servir à financer ce gang de motards" dont le chapître est en région parisienne, a indiqué le procureur.

Les Hell's Angels (HAMC) sont l'un des trois gangs de motards criminalisés implantés en France depuis le début des années 1980, avec les Bandidos et les Outlaws.

Ce gang possède moins d'une dizaine de chapitres actifs en France, répartis sur tout le territoire. "Fortement hiérarchisée et disciplinée, cette organisation criminelle dispose d'un maillage territorial - les chapitres -, sorte de réseaux dans les territoires qu'elle contrôle et où elle exerce des activités légales (manif de motard, salons de tatouages) mais aussi des trafics illicites de stupéfiants, d'armes ou de motos", explique une source policière.

En avril 2013, le président et le sergent d'armes du chapitre de Colmar ont été condamnés à des peines de prison (18 et six mois ferme) dans le cadre d'un dossier d'extorsion de fonds et de menaces de mort à l'encontre de l'organisateur d'un salon de la moto en 2011. Des membres du chapitre de Nîmes, impliqués en juin 2011 dans le racket d'officines de tatouages, attendent d'être jugés.

La stratégie d'expansion de l'organisation française, qui se traduit par des agressions de personnes et des destructions de biens, n'a pas échappé à la direction centrale de la police judiciaire, qui peine à estimer le nombre de ses membres.

En mars 2012, une série de rixes entraîne par exemple la disparition du chapitre Outlaws de Quimper. Au Danemark, les Hell's Angels et leurs clubs supports AK81 s'affrontent avec les gangs de rue pour le contrôle de territoire de revente de produits stupéfiants. En Allemagne, plusieurs interdictions de chapitres ont été prononcées suite à de violents affrontements. Les pays scandinaves ont, quant à eux, recensé plusieurs exécutions entre "bikers".

 

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