La semaine de Philippe Labro : fous rires en cascade, vague de chefs-d’œuvre

Philippe Labro Philippe Labro.[THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

DIMANCHE 5 OCTOBRE

On peut entendre toutes sortes de rires dans toutes sortes de théâtres, en ce moment, à Paris, mais c’est au Théâtre de la Michodière que les vagues sont particulièrement fortes, au point, parfois, qu’elles submergent les répliques des comédiens. Il s’agit de la reprise du Dîner de cons, cette pièce de Francis Veber, créée en 1993, déjà jouée des milliers de fois, dont l’adaptation au cinéma connut un triomphe public et commercial, et qui ne semble n’avoir pris aucune ride.

Je bavarde avec Veber, de passage à Paris. Il est d’autant plus heureux de cette permanence du succès que les deux nouveaux interprètes, José Paul (il incarne Brochant, ce Parisien cynique qui croit avoir trouvé un «con» de haut niveau, lequel va l’entraîner dans une série de situations hilarantes et inextricables) et Patrick Haudecœur (il incarne Pignon, le «con», monument de naïveté et de ce que les cyniques croient être de la bêtise, alors qu’il s’agit d’une forme d’innocence du cœur et de l’esprit) – tous deux héritiers du célèbre couple formé, à sa création sur scène, par le génial Jacques Villeret et l’incroyable Claude Brasseur –, ces deux hommes, donc, confirment, chaque soir, la solidité de cette mécanique du rire dont Veber est un des maîtres.

La situation, au théâtre, est une chose – l’interprétation en est une autre. Lorsque ces deux facteurs (l’écriture, puis l’acte de faire passer cette écriture vers le public) sont respectés, il ne faut guère s’étonner que «ça marche».

C’est le cas, en ce moment, non seulement de la reprise de cette fameuse pièce, mais de nombreux autres spectacles : Georges et Georges d’Eric-Emmanuel Schmitt, retrouve toutes les recettes de Feydeau ; La colère du Tigre avec Claude Brasseur et Michel Aumont, de Philippe Madral, permet de découvrir un duo fascinant entre Clemenceau et Monet ; Jacques Sereys, qui se balade dans Sacha Guitry (Si Guitry m’était conté) ; Jacques Weber, explosif dans Hôtel Europe de Bernard-Henri Lévy ; etc. Une rentrée riche, qui confirme l’éternelle vertu de «l’art vivant», le théâtre. Et enfin, Cher Trésor au Théâtre des Nouveautés, avec un excellent Jugnot. Figurez-vous que c’est aussi signé de… Francis Veber.

 

VENDREDI 10 OCTOBRE

La parution de la nouvelle liste (rétrécie) des sélectionnés pour le Goncourt fait «buzzer» le monde des lettres – journalistes, éditeurs, libraires, et, surtout, lectrices et lecteurs. Si la rentrée théâtrale est bonne, il faut aussi dire que les nouvelles parutions témoignent d’une autre vérité : les Français aiment et savent écrire. Foenkinos, Modiano, Reinhardt, Slimani, et tant d’autres.

Une telle floraison ne s’arrête pas aux livres. Dans quelques jours, on va inaugurer la Fondation Louis-Vuitton en plein bois de Boulogne, une œuvre signée Frank Gehry, l’un des plus grands architectes contemporains.

Bientôt, dans quinze jours, après cinq ans de fermeture, le Musée Picasso Paris va proposer à peu près 5 000 œuvres de l’artiste. Au Grand Palais, depuis le 1er octobre, les gens font la queue pour admirer les travaux de celui qui fut le plus grand maître de l’estampe, le Japonais Hokusai. Couleur, finesse, sens des dimensions et des perspectives, il paraît que c’est éblouissant, et il ne faut pas, bien entendu, s’arrêter qu’à la célèbre Grande vague de Kanagawa. Hokusai était prolifique, éclectique, un créateur de génie.

J’ai oublié le cinéma et la musique dans cette incomplète revue d’automne – alors, que les grincheux ne viennent pas nous dire : «Il ne se passe plus rien à Paris !»

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