La semaine de Philippe Labro : le coût de la défaite, la victoire des prix

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

MERCREDI 5 NOVEMBRE

C’est un jour clé de la semaine, pour au moins deux raisons : les résultats des «midterm elections», aux Etats-Unis, et, ici, l’annonce des deux prix littéraires les plus prestigieux, le Goncourt et le Renaudot.

J’appelle mon ami Jim Hoagland à Washington. C’est un des plus chevronnés, des plus aguerris, des plus fins connaisseurs de la presse américaine – il signe régulièrement pour le Washington Post, des éditoriaux plutôt consacrés à la politique étrangère, car il a passé sa vie à parcourir le monde – aussi bien, dit-il d’abord : «Pour l’étranger, il reste probable que cette défaite d’Obama – cette prise de contrôle du Congrès par le Parti républicain – sera interprétée comme un «weakening» du président, un affaiblissement du président. Cela n’empêchera pas, au moins pour ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, qu’il y ait un consensus entre lui et ceux qui, au Parti républicain, vont, désormais, bloquer beaucoup d’autres initiatives.»

– Comment définissez-vous cette défaite électorale, en un mot ?

– C’est tout simplement, et brutalement, une répudiation. Ni plus, ni moins.

– Quel effet sur la présidentielle de 2016 ?

– Pour l’instant, trop tôt pour le dire. Certains visages nouveaux de jeunes gouverneurs ou sénateurs encore peu connus, vont apparaître, face à celui, si célèbre, d’Hillary Clinton. Mais, vous savez, une élection d’ordre local n’est pas la même qu’une élection d’ordre présidentiel. Et il n’est pas impossible que cette totale prise de contrôle des deux assemblées par un seul et même parti, fasse peur aux Noirs, aux femmes, aux étudiants, et que, par un curieux effet de boomerang, trop de pouvoir entre les mains des républicains finisse par leur ôter du pouvoir pour la grande échéance, la présidentielle.

D’une défaite, peut donc surgir une victoire ?

– Ce sont des choses qui arrivent.

Les résultats – de moindre importance, certes, mais qui captivent toujours les Français – du Goncourt et du Renaudot, pèsent moins lourd qu’un scrutin électoral. Mais ils auront, comme chaque année, une forte influence sur la vie du livre et des librairies.

C’est en cela que ces prix – parfois critiqués – conservent un tel éclat : ils donnent de la santé et de la vigueur à cette activité à laquelle tiennent tant d’innombrables Français. Le livre – la littérature – l’imaginaire – les auteurs. Cette femme, encore peu connue, Lydie Salvayre (Goncourt pour Pas pleurer, Seuil) – cet homme, déjà très lu, David Foenkinos (Renaudot pour Charlotte, Gallimard), vont confirmer la très bonne tenue générale du livre en cet automne 2014.

Le Charlotte de Foenkinos (qui, à 40 ans, en paraît dix de moins), a déjà été imprimé à 158 000 exemplaires, et vendu à 120 000. Foenkinos a trop longtemps été pris à la légère. Son livre lui fait gravir un échelon. Il va être intéressant de suivre le destin du Goncourt de Salvayre. On a parlé de «surprise» à son propos, mais, finalement, il n’y a rien de surprenant dans ce Goncourt d’une romancière qui a déjà publié plus d’une vingtaine de livres, et dont, dès cet été, des gens bien renseignés, prédisaient un Goncourt possible. Son émotion, son sourire, la délicatesse de ses propos faisaient un peu penser à la même attitude de Modiano quand il reçut le Nobel : modestie, humilité, bonheur. Les écrivains, face à la meute médiatique, ont toujours une réaction juste. Ils sont le contraire du bling-bling. Vive le livre !

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