La semaine de Philippe Labro : la certitude d’une femme, les doutes d’une équipe

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

DU VENDREDI 21 AU DIMANCHE 23 NOVEMBRE

Tout aura été dit, ou presque, sur cette Coupe Davis, aisément gagnée par deux vrais champions, les Suisses Wawrinka et Federer – ce dernier s’inscrivant comme le plus grand joueur de tennis de l’histoire de ce sport. Tout, sauf quelques éléments que je me permets de proposer, après avoir vu, en fragments, le déroulement de cet événement.

Des "fragments", car, pendant tout le week-end, je participais au Salon du livre du Touquet-Paris-Plage et, entre deux séances de signatures, un déjeuner avec quelques lauréats des prix de l’année (Lydie Salvayre, heureuse et modeste, tenant à se protéger de l’afflux de sollicitations que provoque un Goncourt ; Adrien Bosc, jeune auteur d’un Constellation qui lui a valu le Grand Prix du roman de l’Académie française), je ne pouvais que, sporadiquement, suivre la finale par des extraits volés sur l’iPhone pendant les trajets en voiture. Ce fut un fiasco.

N’accablons pas trop Tsonga, Gasquet, Clément, Benneteau – (seul Monfils a su se surpasser). Ils ont été victimes de deux phénomènes : d’abord, on a trop grossi le sens de cette rencontre. On a fait appel à l’Histoire avec un H majuscule. On a évoqué le passé avec, en boucle, la fabuleuse victoire à Lyon (1991) qui rappelait la hargne folle et audacieuse d’un Leconte survolté, on a trop "mis la pression" sur des joueurs qui, selon moi, sont arrivés quasi tétanisés par l’enjeu. Les drapeaux, les hymnes, la présence d’un Premier ministre un jour, d’un président de la République un autre – bref, de quoi couper les jambes de celui qui n’est pas assez aguerri pour porter un tel fardeau.

Et puis, il y a la belle loi du sport, simple comme bonjour, selon laquelle c’est le meilleur qui gagne. Et il est évident que le deuxième joueur du monde (Federer, au classement ATP, mais dans l’esprit de tous, c’est le premier !) et le quatrième (un pugnace, véloce, féroce, impénétrable Wawrinka) dominèrent largement une finale dont le résultat, m’a-t-il semblé, était déjà écrit avant même que la rencontre ne fût jouée.

 

MERCREDI 26 NOVEMBRE

On observe, aujourd’hui, le 40e anniversaire du jour (26 novembre 1974) où, dans une Assemblée nationale composée de 481 députés hommes et de 9 députées femmes (!), la noble, intelligente et ferme ministre de la Santé, Simone Veil, vient défendre le projet de loi sur l’IVG – qu’on connaîtra pour toujours comme la loi Veil. Trois jours et nuits de débats – mais peut-on utiliser un tel terme pour qualifier les insultes dont furent auteurs certains députés s’opposant à cette loi ?

Un docu-fiction (diffusé sur France 2), avec Emmanuelle Devos qui incarne Simone Veil, ne remplacera pas la réalité, que l’on peut essayer de chercher dans les archives très incomplètes de ces séances qui suscitent de l’étonnement, voire de la honte, devant la vulgarité d’hommes face à une femme qui s’appelait Simone Dignité, Simone Courage.

J’ai trop souvent, dans ces colonnes, ironisé sur l’habitude française à célébrer anniversaire sur anniversaire, mais cette confrontation entre le sang-froid et la certitude d’être dans le vrai d’une femme d’exception et les mesquineries d’arrière-garde d’hommes qui n’avaient pas compris que le temps d’une telle loi était venu – tout cela méritait qu’on le fasse revivre. Ce n’était donc qu’il y a quarante ans ? Pas plus ? La vision des vraies images "d’actualité" fait croire que c’était il y a un siècle. Hommage soit rendu à Simone Veil, et à celui qui présidait la République et qui lui apporta son soutien : Valéry Giscard d’Estaing. 

 

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