Agression de Créteil : Hollande dénonce "une violence insupportable"

Les deux auteurs présumés d'une agression violente lundi à Créteil, qualifiée d'"antisémite" par le ministre de l'Intérieur, ont été mis en examen mercredi soir pour "viol en réunion", "vol avec armes", séquestration et extorsion suivie de violences en "raison de l'appartenance à une religion", a indiqué le parquet du Val-de-Marne.[VALERY HACHE AFP]

Les trois agresseurs "partaient de l'idée qu'être juif signifiait que l'on avait de l'argent": un couple a été séquestré lundi à Créteil, la jeune femme violée et leur appartement cambriolé dans un contexte de recrudescence des actes antisémites en France.

 

François Hollande a dénoncé jeudi la "violence insupportable" de l'agression, lundi à Créteil, d'un couple ciblé pour sa confession juive.

"Quand il se passe de tels drames, de telles tragédies ce n'est pas la famille simplement qui est blessée, agressée, c'est ce que la France porte de plus grand, de meilleur qui se trouve blessé, abîmé", a déclaré le président de la République lors d'une intervention à l'Elysée.

 

Trois agresseurs

Deux des agresseurs - le troisième est toujours en fuite - et un complice présumé ont été arrêtés. Ils ont été mis en examen mercredi soir pour violences en "raison de l'appartenance religieuse" et "association de malfaiteurs", a annoncé le parquet. Les deux hommes impliqués directement dans le cambriolage de lundi sont également poursuivis pour vol avec armes, extorsion, séquestration, viol en réunion.

 

Des récidivistes

Les cambrioleurs et leur complice sont également soupçonnés d'avoir "roué de coups" début novembre un septuagénaire de confession juive dans la même ville du Val-de-Marne. Pour ces faits, ils ont également été mis en examen pour "violences en réunion sur personne vulnérable en raison de son appartenance religieuse".

 

Le déroulement des faits

Selon le parquet, le domicile cambriolé lundi avait été "repéré" le jour de cette première agression. Les faits remontent à lundi à midi. Dans l'appartement familial dans une résidence tranquille du quartier du Port, près du lac de Créteil, se trouvent, seuls, un fils des locataires, 21 ans, et sa compagne, 19 ans.

"La copine de mon frère a entendu sonner à la porte et a cru reconnaître quelqu'un à travers l'oeilleton. Elle a ouvert la porte, et c'est là qu'il a mis la cagoule", a raconté à l'AFP le frère cadet de la victime. Trois hommes cagoulés et gantés font irruption, mettent en joue les jeunes gens avec un pistolet automatique et un fusil à canon scié, selon des sources policières, et les ligotent dans le salon.

"On ne vient pas ici par hasard, on sait que ton petit frère est le gérant d'une grande chaîne de vêtements. On sait qu'il a la caisse", a dit un agresseur, selon la victime interrogée par BFMTV. Le jeune homme ajoute avoir entendu: "De toute façon, les Juifs, vous avez de l'argent".

Selon les premiers éléments de l'enquête, pendant près d'une heure, le couple est séquestré en attendant qu'un agresseur retire de l'argent avec les cartes bleues extorquées, les malfaiteurs dérobent également des bijoux, la jeune fille est violée. La police repère dès lundi après-midi les trois hommes dans une commune limitrophe.

Deux hommes, âgés de 19 et 20 ans, sont interpellés, en possession des bijoux volés, puis "formellement reconnus" par les victimes selon une source judiciaire. Le troisième est toujours en fuite, mais un complice présumé a aussi été arrêté.
   
 

Les actions antisémites en hausse de 126%

La famille, dont le père porte la kippa, était "visible en tant que juifs" dans le quartier, a fait remarquer son avocate Séverine Benayoun. "L'un des agresseurs était venu plusieurs jours auparavant demander du sucre, sans raison apparente", donnant lieu à "une main courante contre X", a-t-elle affirmé.

Selon le parquet, c'est "le même stratagème" qui a permis de faire le lien entre l'agression de lundi et celle du 10 novembre. Le nombre d'actes antisémites en France a presque doublé (+91%) lors des sept premiers mois de l'année par rapport à la même période de 2013, selon le Service de protection de la communauté juive (SPCJ). La progression de 126% des actions (violences, attentats ou tentatives d'attentats, vandalisme...) est supérieure à celle des menaces (propos, gestes, inscriptions...), de 79%.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui a considéré comme "avéré" le "caractère antisémite" de l'agression, a rappelé la "détermination" gouvernementale "à lutter sans relâche contre toute forme de racisme et d'antisémitisme".

L'avocate d'un des hommes arrêtés, Me Marie Dosé, s'est étonnée auprès de l'AFP "que le ministère de l'Intérieur ait regretté une agression antisémite avant même d'avoir le réquisitoire introductif qui retient la qualification antisémite". Elle a "dénoncé une absence de sérénité et un emballement médiatique".

Cette affaire n'est pas sans rappeler celle du "gang des barbares". En 2006, Ilan Halimi, 23 ans, avait été séquestré et torturé trois semaines durant dans une cave d'une cité des Hauts-de-Seine par une bande d'agresseurs dont le chef, Youssouf Fofana, a été condamné depuis à la perpétuité pour l'avoir tué. Ses ravisseurs, emplis de préjugés antisémites, voulaient extorquer de l'argent à sa famille.

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