Le bébé rom de Champlan a été inhumé

Le bébé rom a été enterré à Wissous[Jean-Christophe Verhaegen / AFP/Archives]

Devenu en deux jours un symbole des discriminations jusque dans la mort, le bébé rom décédé dans l'Essonne au lendemain de Noël a été inhumé lundi dans une commune voisine de Champlan, la bourgade accusée d'avoir refusé de l'accueillir dans son cimetière, ce que conteste son maire.

 

L'inhumation s'est déroulée aux alentours de 13h00 au cimetière de Wissous, à quelques kilomètres de Champlan. Une cérémonie avait été organisée deux heures plus tôt dans la ville de Massy.

Une centaine de personnes était présente pour l'enterrement : des Roms, des associatifs ainsi que des élus. Le maire divers droite de Champlan, Christian Leclerc, n'était pas sur les lieux.

"A aucun moment je ne me suis opposé à cette inhumation", a-t-il affirmé dimanche à l'AFP, après vingt-quatre heures de silence, en évoquant "une erreur de compréhension dans la chaîne de décision" et se disant "laminé" par cette affaire.

Il a envoyé un message de condoléances et d'excuses à la famille, via un communiqué, dans la soirée, dans lequel il dit même souhaiter que l'inhumation de la petite fille "puisse avoir lieu dans la commune de Champlan".

La famille lui a répondu lundi matin: elle "ne veut rien changer" à ce qui était prévu.

L'indignation autour de cette affaire a enflé tout le week-end, de la part d'élus et d'associations. Certains ont avoué leur "honte", d'autres ont parlé de "racisme".

Interrogé sur France Inter, François Hollande a déclaré refuser que la France "s'en (prenne) à l'autre comme ça s'est passé dans ce cimetière". Le Premier ministre Manuel Valls a évoqué "une injure" à la "mémoire" du bébé décédé, Marine Le Pen un "défaut d'humanité".

Le Défenseur des droits Jacques Toubon, "bouleversé", a annoncé qu'il se saisissait "d'office" et lançait dès lundi des "investigations".

Dans la nuit de dimanche à lundi, la mairie a été recouverte de peinture rose pâle et l'un de ses murs a été tagué. "Lecler (sic), Valls, même racisme d'Etat !!", pouvait-on lire avant que l'inscription ne soit effacée par les services municipaux.

Au départ, c'est une association qui a accusé Christian Leclerc: l'association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR).

Selon plusieurs de ses membres, le bébé, prénommé Maria Francesca, deux mois et demi, est décédé de la mort subite du nourrisson dans la nuit du 25 au 26 décembre, dans le bidonville de Champlan où la famille est installée depuis plus d'un an.

Cette dernière, via une entreprise de pompes funèbres, demande l'autorisation à la mairie d'enterrer la petite fille au cimetière municipal. Elle essuie un refus le 31 décembre, sans "aucune explication", selon Julien Guenzi, le gérant des pompes funèbres Lescarcelle à Corbeil-Essonnes, où le bébé a officiellement été déclaré mort.

 

"Propos sortis du contexte"

"Des réponses comme ça, c'est très rare: deux ou trois par an, mais en général justifiées", précise le professionnel, qui dit avoir parlé au téléphone avec un employé de la mairie.

Le maire, alors en congés selon lui, fait parallèlement valoir ce jour-là au Parisien le "peu de places disponibles" et ajoute que la "priorité est donnée à ceux qui paient leurs impôts locaux". Des propos qu'il ne nie pas mais qu'il a estimé dimanche "sortis du contexte".

Le président de l'ASEFRR y voit du "racisme, de la xénophobie et de la stigmatisation".

Interpellé par une élue, le maire UMP de Wissous, Richard Trinquier, accepte que le nourrisson soit enterré sur le territoire de sa commune. Par "souci d'humanité", précise celui qui avait lui-même déclenché une polémique en refusant pendant l'été l'accès de "Wissous Plage", une opération municipale, aux femmes voilées, au nom de la laïcité.

Les parents de la petite fille, âgés d'environ 35 ans, vivent depuis au moins huit ans en France. Ils ont deux garçons de 5 et 9 ans, scolarisés à Champlan. La mère a déjà perdu deux garçons en bas âge en Roumanie

Ils ont passé leur dimanche entourés de leurs proches dans leur habitation, une construction d'une seule pièce, faite de bric et de broc.

La mère "dit que c'est son coeur qui a été arraché", a rapporté à l'AFP une interprète, Csilla Ducrocq, membre de l'ASEFRR. "Mais elle ne dit rien sur le maire. Juste qu'elle ne comprend pas."

 

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