Coups de filet antiterroriste en Europe

Des policiers de la BRI en intervention le 8 avril 2012 à Paris [Thomas Coex / AFP/Archives]

Arrestations de 15 membres présumés d'une cellule sur le point de tuer des policiers en Belgique, coup de filet dans la mouvance islamiste à Berlin, interpellations en région parisienne: l'Europe était vendredi sur le pied de guerre face aux jihadistes après les attentats contre Charlie Hebdo.

 

A Paris, où il a reçu le secrétaire d'État américain John Kerry, le président François Hollande a appelé à une réponse "collective" et "ferme" face au terrorisme auquel "nous (...) faisons la guerre".

En région parisienne 12 personnes soupçonnées d'un "possible soutien logistique" aux tueurs ont été placées en garde à vue. La Belgique a arrêté 13 personnes sur son territoire, dans le cadre d'une opération pour "démanteler une cellule terroriste et son réseau logistique" sur le point de "tuer des policiers sur la voie publique et dans les commissariats", a annoncé vendredi le Parquet fédéral.

Par ailleurs, deux ressortissants belges ont été interpellés en France, et la Belgique va demander leur transfert, a indiqué un substitut du parquet fédéral, Thierry Werts, lors d'une conférence de presse. De source policière française, on précise qu'ils ont été interpellés dans la région de Chambéry (Savoie) par les douanes, sur signalement des autorités belges.

L'opération a été marquée par un violent assaut de la police jeudi soir à Verviers (est). Deux suspects sont morts après avoir riposté à l'arme de guerre, et un troisième interpellé. Ils s'apprêtaient à passer à l'acte "au maximum sous quelques jours", a affirmé M. Werts.

Le trio était en possession notamment de "quatre fusils de type Kalachnikov" ainsi que d'armes de poing, de munitions, d'uniformes de police, de téléphones portables, de matériel de communication, de documents falsifiés et de grosses sommes d'argent.

 

"Coup important' contre le terrorisme"

Le groupe, dont certains membres "ont combattu en Syrie", planifiait des "attaques dans toute la Belgique", a précisé un autre substitut, Eric Van der Sijpt. Plus de 3.000 jeunes Européens sont partis combattre en Syrie, selon les experts, dont environ 30% sont revenus en Europe. "L'opération a permis de "porter un coup important au terrorisme en Belgique", a estimé M. Van der Sijpt.

Le niveau de menace terroriste, qualifié de "grave", a été relevé dans la nuit d'un cran, à 3 sur une échelle de 4, pour l'ensemble du royaume. La Commission européenne a indiqué avoir aussi renforcé sa sécurité.

Le Premier ministre, Charles Michel, a annoncé au cours d'une conférence de presse que le gouvernement était prêt à faire appel à l'armée pour renforcer la sécurité du pays, ce qui serait une première depuis une vague d'attentats politiques dans les années 1980.

Une série d'autres mesures ont aussi été annoncées, dont la création dans deux prisons de quartiers spéciaux pour "isoler" les détenus musulmans radicalisés.

A Bruxelles, les postes de police filtraient les entrées, et la surveillance du Palais de justice a été renforcée. Les policiers ont reçu consigne de porter à l'extérieur armes et gilets pare-balles, et de patrouiller à plusieurs.

Les cours ont aussi été suspendus dans les grandes écoles juives de la capitale et d'Anvers, ainsi que dans un établissement à Amsterdam, aux Pays-Bas.

Réputé être un vivier du radicalisme islamique, sur fond de chômage et de pauvreté, la ville de Verviers accusait le coup. "Je suis sous le choc", lançait Eva Ruiz, qui travaille dans une école proche du lieu de l'assaut. "Rien de tout cela ne doit perturber l'équilibre fragile" de la ville, a réagi le bourgmestre (maire), Marc Elsen, saluant la "réaction très ferme de la communauté musulmane" locale.

A Bruxelles, les réactions des habitants étaient plus sereines. "Nous nous sentons rassurés par rapport à l'efficacité des forces de l'ordre qui ont pu déjouer des attentats", a réagi Emmanuel. "On leur en sait gré".

Les autorités belges préparaient cette opération depuis plusieurs semaines, a précisé le parquet, donc avant les attentats de Paris. Le coup de filet "ne fait pas partie d'une opération à grande échelle au niveau européen", a assuré M. Van der Sijpt.

"Il n'y a pas de lien entre les attentats à Paris et ceux programmés en Belgique" ni "entre les filières", a insisté le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders, même si des échanges d'informations ont eu lieu entre polices belge et française.

"Il va falloir faire comprendre à beaucoup de partenaires que l'échange d'informations doit s'améliorer", a affirmé le ministre alors que Paris et Bruxelles plaident à l'unisson pour un sursaut de mobilisation antiterroriste au niveau européen.

A Berlin, une dizaine de perquisitions au sein de la "mouvance islamiste" ont été effectuées vendredi matin. Deux Turcs ont été arrêtés, membres présumés d'un groupe qui envisageait "un acte violent, grave en Syrie", selon la police.

 

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