Carlton de Lille : florilège des phrases glauques

Vue extérieure en date du 29 janvier 2012 de l'hôtel Carlton à Lille[Philippe Huguen / AFP/Archives]

Depuis le 2 février et jusqu'au 20, les quatorze principaux protagonistes de l'affaire de proxénétisme dite du Carlton de Lille, comparaissent devant le tribunal correctionnel de la ville. En l'espace d'une semaine, les chroniqueurs judiciaires ont déjà fait le plein de citations improbables.

 

Au bout d'une semaine, le procès-verbal des audiences du "procès du Carlton" regorge déjà de verbatim oscillants (rarement) entre la poésie d'Audiard et (souvent) la lubricité la plus glauque. René Kojfer, Dodo la Saumure, Jade et Mounia, les prostituées, Béatrice Legrain : tous, accusés ou parties civiles, utilisent des expressions qui prêteraient parfois à sourire, si elles ne recouvraient des réalités sordides.

 

René Kojfer, "éternel amoureux"

René Kojfer, ancien chargé des relations publiques du Carlton, est le premier à être appelé à la barre, le mardi 3 février. Le tribunal le somme de s'expliquer sur son rôle "d'entremetteur". Il doit ainsi s'expliquer à propos d'une des prostituées, qui avait 18 ans lorsqu'il l'a rencontrée, et qu'il va "mettre en lien" avec certaines de ses connaissances. "Quand je l'ai vue, j'ai eu un coup au cœur" déclare t-il. "Je l'ai draguée, elle était très jolie. Je suis tombé amoureux", résume-t-il. "Vous tombez souvent amoureux", note le président du tribunal Bernard Lemaire, et René Kojfer acquiesce : "Bah, c'est pas interdit". Idem pour ses "amis" à qui il présente des jeunes femmes. René Kojfer file la métaphore : "Toutes ces personnes sont tombées amoureuses... enfin amoureux façon de parler". 

 

Jade "n'a pas fait le ménage"

"Jade", une ancienne prostituée qui a pris un nom d'emprunt, vient témoigner mercredi 4. Elle travaillait dans un établissement de Dodo la Saumure. "Quand il vous paie, c'est en qualité de prostituée?", lui demande le procureur. Elle lui réplique : "J'ai pas fait le ménage". Plus tard, elle explique que René Kojfer l'a un jour payée directement après une rencontre à Lille en-dessous du tarif habituel. "Il a dit : "Les temps sont durs...". Mais on a reçu un peignoir", rapporte-t-elle. A propos des rencontres : "Les hommes venaient à trois (...) Ces messieurs faisaient leur choix, poursuit-elle. Après, c'était chacun son partenaire. Un dans le salon, un dans la chambre et un dans les toilettes". Prix de la passe : 200 euros. "C'était classe, c'était pas de la grosse boucherie, raconte-t-elle. 

 

Dodo le "théologien"

Dominique Alderweireld, alias "Dodo la Saumure" intervient au quatrième jour du procès. Il précise qu'il a suivi une licence de droit. Le président du tribunal lui rappelle que le délit de proxénétisme s'enseigne en quatrième année avant d'ajouter : "Vous auriez dû faire la maîtrise". Le président lui demande de confirmer si cette licence a été acquise à l'Essec. "Dodo" rétorque alors : "Non ! A l'Issec. C'est l'Essec en pâte à modeler." Lorsque Dominique Alderweireld parle de René Kojfer en tant "qu'essayeur gratuit" pour ses établissements, il précise : "Essayeur, oui, m'enfin il a jamais eu la réputation d'être très efficient dans cet exercice (rires) ". Le président Lemaire ne manque pas de rappeler à Dominique Alderweireld les surnoms qu'il donnait à son ami René Kojfer : "Judas, le bouffon de Lille", et même... "M. Trois-Minutes". Cela le fait sourire. Plus tard, Dodo explique : "J'suis comme ça, monsieur le président, j'fais d'l'Audiard." Puis, il donne des explications sur une association qu'il a créée : "Je m'occupe des enfants des filles, je règle les problèmes d'école ou de logement pour elles avec l'échevin. Je l'ai appelée Marie-Madeleine, parce que j'ai quelques connaissances théologiques."  

 

Béatrice Legrain : "Pute, j'aime ça"

Béatrice Legrain, 41 ans, la compagne de "Dodo" l'accompagne à la barre. Cette ancienne escort et tenancière des différents établissements de son compagnon, a arrêté un temps de se prostituer mais beaucoup moins longtemps qu'on ne l'a dit. Elle explique : "J'ai commencé la prostitution à 18 ans et j'ai arrêté. Puis j'ai repris, parce que pute, j'aime ça", indique-t-elle.

 

Emmanuel Riglaire et son plaidoyer pro domo

L'avocat lillois est convoqué vendredi 6 février devant le tribunal. Habitué des plaidoieries, il déroule un argumentaire destiné à émouvoir les juges : "Il y a des personnes qui ne sont pas nées avec une cuillère en argent dans la bouche des deux côtés de la barre, tout le monde dans cette salle a sa part de douleurs", explique t-il en préambule. Et de détailler ensuite les préjudices subis des suites de l'affaire : "Cette affaire a fait chuter les honoraires. J'ai dû licencier. Ma femme qui était notaire, qui était la plus brillante des étudiantes, ne peut plus travailler, à cause de son nom. Mon fils qui est armurier, souffre aussi de cela. Quand on tape Riglaire sur internet, c'est ma garde à vue qui remonte". Cela suffira t-il à convaincre ? L'avocat est accusé notamment d'avoir présenté une ancienne prostituée, "Mounia", à René Kojfier qui l'aurait fait rebasculer dans la prostitution.

 

"Mounia" convient-elle ?

Précisément, "Mounia" revient déposer le 9 février devant le tribunal correctionnel. Et son témoignage ne fait pas les affaires de DSK. Racontant une entrevue avec David Roquet, ancien entrepreneur dans le BTP, au coeur de l'affaire. Pour "Mounia", l'objectif de ces rendez-vous ne souffre d'aucune ambigüité : il s'agissait de savoir si elle "convenait" à un client de très haut niveau, haut responsable politique. Le président l'interroge : "C'est avec Dominique Strauss-Kahn ?". La réponse est immédiate : "Oui, avec personne d'autre".

 

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