Vigipirate est parti pour durer

Un militaire patrouille dans le cadre du plan Vigipirate devant la Tour Eiffel, à Paris.[JOEL SAGET / AFP]

Le vaste plan de sécurisation du pays, mis en place depuis les attentats, est parti pour durer. Car la menace terroriste est toujours présente.

 

Ce qui était au départ une ­riposte est désormais un plan à long terme. L’historique déploiement de ­policiers et de militaires mis en place par les autorités après les attentats de janvier est parti pour durer, car une source gouvernementale a annoncé hier que les niveaux actuels de Vigi­pirate, en «alerte attentat» pour l’Ile-de-France et les Alpes-Maritimes et en «vigilance renforcée» pour le reste du pays, allaient être «prolongés plusieurs mois». La preuve que l’Etat ne veut pas relâcher sa protection.

 

Les sites sensibles quadrillés

Par sa dimension et sa durée, cette ­sécurisation du territoire est sans précédent. Alors que Vigipirate n’avait été activé à son plus haut niveau qu’une seule fois, en 2012 à Toulouse après les attaques de Merah, le voici installé à plein régime dans le Sud-Est et en ­région parisienne.

S’y ajoute en ­parallèle l’opération Sentinelle, soit le ­déploiement de 10 500 militaires, pour plus de la moitié en Ile-de-France, effectué à la demande de François Hollande, en sa qualité de chef des armées. But de la manœuvre : protéger plusieurs centaines de sites sensibles identifiés en France, des lieux publics aux gares et aéroports en passant par les lieux de cultes et écoles juives, les ministères et bâtiments administratifs.

Une surveillance de chaque instant que le Premier ministre Manuel Valls avait déjà annoncée le mois dernier : «Il faut dire la vérité aux Français, […] (et) s’habituer à vivre avec cette menace ­terroriste». Une précaution que juge «indispensable» Louis Caprioli, ancien responsable à la Direction de la ­surveillance du territoire (DST). Car, ­observe-t-il, «le risque reste élevé, avec de nombreuses cibles potentielles» à l’extérieur et à l’intérieur du territoire.

En témoignent l’agression de trois militaires à Nice début février, ou en ­Europe, avec les attentats de Copenhague survenus dix jours plus tard. «L’Etat est dans la cohérence en réaffirmant qu’il ne baisse pas la garde face au danger».

 

La population «accoutumée»

Reste à savoir si un dispositif, au départ exceptionnel, peut devenir, au fil du temps, habituel ? La population française semble accepter cette présence d’hommes en armes, les personnels en faction recevant, ici ou là, des marques de soutien et des remerciements.

«Les gens sont habitués depuis des années à voir des militaires dans les gares, note le spécialiste. Il y a donc un phénomène d’accoutumance». Mais cette sécuri­sation massive a un coût. Financier, tout d’abord, puisque la mobilisation des plus de 10 000 militaires nécessite à elle seule, chaque jour, un million d’euros, a confié récemment le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian.

Humain également, car selon Louis Caprioli, malgré les rotations des effectifs, un tel déploiement «empêche les militaires sollicités de se former pour leurs futures opérations». Des contraintes que l’exécutif connaît, lui qui pourrait, selon une source gouvernementale, «adapter» la mission dans l’avenir. Et donc revoir à la baisse l’importance du dispositif.

 

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