Rachel Silvera : "Les femmes doivent prendre conscience de l’écart salarial"

L'économiste Rachel Silvera[Anna Solé]

Rachel Silvera est économiste et maîtresse de conférences à l'université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. En 2014, elle a publié "Un quart en moins - Des femmes se battent pour en finir avec les inégalités de salaires" (éditions La Découverte), qui a reçu le mois dernier le prix du Toit citoyen, qui distingue le meilleur livre paru sur le monde du travail.

 

Alors qu'est célébrée l'annuelle journée des droits des femmes, elle revient sur l'injustice tenace qui fait que les femmes sont moins rémunérées que les hommes, pour un poste égal.

 

La différence de salaires existe aujourd’hui dans tous les pays du monde. Comment l’expliquer ?

Ces inégalités montrent que les femmes sont partout discriminées sur la valeur de leurs emplois, trop peu valorisés. Certains trouvent normal qu’elles soient cantonnées à des postes d’infirmière, d’éducatrice, d’enseignante. De même, elles sont soupçonnées de maternité, même quand elles n’ont pas d’enfant. On leur confie moins de missions, on les envoie moins à l’étranger, pensant qu’elles seront moins disponibles

 

Y a-t-il des pays en pointe sur la réduction des écarts salariaux ?

Chaque pays a ses initiatives. Les pays nordiques font participer les syndicats : ils négocient dans l’entreprise pour que les situations soient égalitaires. On peut citer une loi québécoise obligeant les entreprises à comparer les postes. Si l’on constate qu’un poste, souvent occupé par une femme, est moins valorisé, l’entreprise doit compenser financièrement pour le revaloriser. Pourquoi un gardien de zoo serait-il mieux payé qu’une gardienne d’enfants ?

 

Que préconisez-vous ?

Les femmes doivent prendre conscience de cet écart salarial, comparer leurs revenus avec ceux de leurs collègues masculins. En France, des lois existent, et les femmes doivent s’assurer de leur application. Sinon, elles peuvent demander de l’aide à l’inspecteur du travail, voire au Défenseur des droits. Mais je crois aussi à la réponse collective. Je défends l’idée d’actions de groupe, comme aux Etats-Unis, au niveau de l’entreprise, car ces situations individuelles discriminantes sont souvent généralisées.

 

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