Drame de Clichy : la relaxe requise pour les policiers

Les deux adolescents avaient péri en se réfugiant dans un transformateur EDF.[OLIVIER LABAN-MATTEI / AFP]

Le procureur a demandé jeudi la relaxe des deux fonctionnaires de police impliqués dans l'affaire Zyed et Bouna.

 

La procureur s’est justifiée de la manière suivante : "On n’apaise pas la douleur d’un drame en causant une nouvelle injustice."

Un ­argument avancé jeudi au tribunal de Rennes, où le parquet a requis la relaxe des deux policiers poursuivis dans l’affaire Zyed et Bouna. Les fonctionnaires, qui encourent jusqu’à cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende, sont ­accusés de non-assistance à personne en danger après la mort des deux adolescents à Clichy-sous-Bois, en 2005, drame à l’origine de violentes émeutes dans le pays.

Ouvert depuis lundi à Rennes, le procès a passé l'affaire au crible, depuis l'intervention de la police sur un chantier de Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis) le 27 octobre 2005 à 17h21, qui a mis en fuite un groupe de jeunes.

"Dans ce dossier, c'est la peur qui fait courir les jeunes", a assuré dans sa plaidoirie Emmanuel Tordjman, l'un des avocats des parties civiles.

Bouna Traoré, 15 ans, Zyed Benna, 17 ans, et Muhittin Altun, 17 ans, prennent la fuite avec deux autres jeunes jusqu'à un cimetière de Clichy-sous-Bois. Derrière eux, les policiers ont cessé la poursuite. Mais à l'entrée du cimetière, les jeunes voient un autre véhicule de police arriver. Celui du gardien de la paix Sébastien Gaillemin et de deux collègues.

 

"Ils sont en train d'enjamber pour aller sur le site EDF"

Deux garçons se cachent dans des massifs de fleurs. Les trois autres escaldent un grillage qui interdit l'accès, à l'ouest du cimetière, à un petit bois bordé lui-même cinq mètres plus loin par le mur d'un site EDF.

"Ils sont en train d'enjamber pour aller sur le site EDF", lâche le policier à la radio. Il ne connaît pas les lieux mais voit des pylônes dépasser non loin de là. Quelques instant plus tard, il commente: "S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau".

Affectée à la radio de la police, l'autre prévenue, Stéphanie Klein, qui ne connaît pas non plus les lieux, explique penser qu'il s'agit d'un site administratif d'EDF, pas d'une centrale électrique. Aucun des deux ne tente d'avertir les jeunes ni EDF.

Pour Jean-Pierre Mignard, l'autre avocat des familles, il y a de la "désinvolture" de la part des policiers. Il critique la "logique d'interpellation de la police", au lieu de la "logique de secours" qui aurait dû l'animer. "Un cri et tout aurait été sauvé", regrette-t-il.

 

"Une partie de leur intelligence"

M. Gaillemin fait le tour par la rue pour vérifier si les jeunes ont pu passer par les jardins environnants, leur entrée sur le site EDF n'étant selon lui qu'une "hypothèse" parmi d'autres.

A l'entrée principale du site EDF, il vérifie deux fois au-dessus du mur d'enceinte, ne voit rien et revient avec ses collègues vers le cimetière. Ils y interpellent les deux jeunes restés cachés. Tous les policiers repartent au commissariat à 17h43.

Pour Me Tordjman, à ce moment-là, "M. Gaillemin sait parfaitement" que les autres jeunes sont entrés sur le site EDF. "Ils n'ont fonctionné qu'avec une partie de leur intelligence", accuse Me Mignard, qui réclame comme son confrère une condamnation pour les deux policiers.

 

Une plaidoirie de deux heures

Alors que les policiers sont déjà repartis, Zyed, Bouna et Muhittin se cachent dans un local abritant une réactance, un dispositif particulièrement dangereux.

"Ils pensent que les policiers vont entrer dans la centrale", explique Me Tordjman qui, lors de sa longue plaidoirie de près de deux heures, va hurler vers les prévenus, faisant fondre en larmes la policière.

A 18h11, Bouna et Zyed meurent électrocutés. Muhittin est grièvement blessé. Dans la salle, tout du long des plaidoiries, une proche de Zyed n'arrive à pas retenir ses larmes.

La défense des policiers aura la parole ce matin, avant la clôture du procès. 

 

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