La semaine de Philippe Labro : le hasard du destin, le sort du scrutin

Philippe Labro Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

DIMANCHE 29 MARS

Retour d’un long voyage à l’étranger, donc un peu coupé de l’actualité, j’essaie de me remettre à jour et suivre le déroulement de l’enquête sur le crash de l’A320 de Germanwings. En vérité, s’il semble que l’on sache beaucoup de choses, et qu’elles soient surprenantes (avoir laissé piloter un homme aussi fragile, était-ce bien professionnel ?), il n’est pas impossible que la seconde boîte noire parle un peu plus. La vérité n’est pas encore entièrement établie – le sera-t-elle jamais ?

Je lis, de ci, de là, les chiffres avancés à propos des indemnisations, les factures des assurances, l’argent, l’argent, mais nous ne lisons pas (et ne voyons pas, et c’est préférable) la douleur des familles de ces 150 victimes. Rien ni personne ne peut mesurer comment pourront – s’ils y arrivent un jour – se remettre de leur chagrin, les Allemands, Espagnols, Américains, Japonais (18 nationalités au total) dont les proches ont disparu en l’espace de quelques secondes.

Leur douleur est éclatée, dispersée, pulvérisée, à l’image de ces restes de la carlingue sur les flancs d’une montagne, ces photos de milliers de débris, couleurs grise ou blanche sur fond sombre, ce ratissage mortifère, cette saisissante prise de réalité : 'Ils se sont vus mourir pendant quelques secondes.'"

L’autre réalité, plus éternelle : que savons-nous, vraiment, de ce qui se déroule dans le cerveau d’un dépressif ? Qui peut prédire, qui peut prévoir ? Est-ce Benjamin Constant qui avait écrit : "Nous avons tous en nous un étranger qui sommeille." ? La tragédie du 24 mars 2015, à 10h40, conduit à plus d’humilité. Mais ces quelques banalités ne pèsent d’aucun poids face à la brusque violence de l’inattendu. L’exceptionnel qui finit, toujours, par arriver.

 

LUNDI 30 MARS

Le résultat du second tour des départementales a déclenché ce qui va devenir le "grand suivi" d’un événement-tournant. Chacun (Valls, Hollande, Sarkozy, Le Pen, Juppé, et tant d’autres) va modifier, restructurer, réfléchir, agir – ou ne pas agir –, on va parler de remaniement, de rassemblement, et rarement la vie politique intérieure française aura été tant chamboulée.

Va-t-on continuer de réformer ? Va-t-on calmer le jeu, mais lequel ? N’ayant aucune vocation, ni compétence d’expert, je choisis de lire, suivre, comprendre. Pour l’instant, les acteurs sont les mêmes. On connaît tous leur visage, leur langage. Mais la "comédie" a pris un autre tournant. Sauf que ce n’est pas le dernier acte – loin s’en faut.

 

JEUDI 2 AVRIL

Les échos sur la récente prestation de Fabrice Luchini au cours de l’émission de Laurent Ruquier, On n’est pas couché, sur France 2, samedi dernier, sont unanimes et dithyrambiques. Avec ce spectacle Poésie ? qu’il présente volontairement dans une salle de capacité réduite (Les Mathurins – pas plus de 400 spectateurs –, à Paris), Luchini sait, comme personne, parler de Rimbaud, Baudelaire, mais surtout, lors de cette émission, il a fasciné le public par son humour imprévisible, ses digressions sur tous les sujets, son refus de passer pour un "personnage hystérique fait pour vous amuser".

Le visage glabre et composé, bien coiffé, très calme, sourire et saillies éblouissantes, admettant que le secret de la scène est "sa passion, sa vie", passant de la nature du signe du Scorpion au charme du sous-vêtement féminin ou de l’horreur des "selfies" avec une indulgence amusée et intelligente vis-à-vis des interlocuteurs du plateau (Léa Salamé et Aymeric Caron) médusés, ravis.

Un pur exploit qui a réuni, à minuit et demi, plus de 2 millions de spectateurs et a fait se ruer, le lendemain, au guichet des Mathurins, des gens avides de le revoir. 

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