La semaine de Philippe Labro : du soleil en terrasse, une ombre sur le court

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste.[THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre. 

 

MERCREDI 8 AVRIL

C’est à chaque fois, ou presque, le même événement. Le printemps est arrivé, le soleil surgit, et voici la même question : mais où étaient-elles donc passées, entre octobre et mars ? Ces Parisiennes, les plus belles femmes du monde, on les voyait en hiver la plupart du temps vêtues de sombre. Et puis voici milieu mars et début avril, et, soudain, le phénomène universellement français, et qui ne s’arrête pas à Paris, s’offre à nos yeux : elles sont de retour. Les voici porteuses de ce «chic», qui épate depuis des années les Anglo-Saxonnes. En jeans, talons, hauts blancs, elles ont envahi les terrasses. On assiste à ce que j’appelle le «terrassionisme» – le plus grand parti de France. Les gens font la queue sur le trottoir pour guetter, puis se ruer, vers la table enfin libre. On parle, souvent, on clope, on regarde sa montre parce que, malgré tout, il va bien falloir, à un moment, repartir au bureau. Il y a de tout, des jeunes, des vieux, des mi-jeunes, des mi-vieux, des quatuors de filles qui affichent une complicité souriante, échangeant des histoires d’amitié, de cœur, de travail, de vie. La «terrassomania» représente la drogue la plus douce et la plus inoffensive, qui se consomme, en général, au-dessus de 20 °C. Il n’est pas interdit d’en abuser.

 

VENDREDI 10 AVRIL 

J’entendais, sur RTL, l’autre matin, chez Yves Calvi, un entretien qu’il a obtenu avec Jean-Paul Belmondo. Il vient d’avoir 82 ans, qu’il a célébrés en toute discrétion. Il a accepté de recevoir Calvi, chez lui, et, à l’écoute, qu’entend-on ? Le sourire dans le ton, le charme dans la diction, et surtout une voix claire, articulée, plus encore qu’à l’accoutumée. Pour qui connaît Jean-Paul, on est surpris, car l’on s’est habitué à un débit plus atténué par les ennuis de santé qu’il a subis. Or, voici qu’il parle «comme avant», comme sur un plateau de cinéma. Que se cache-t-il derrière cette facilité apparente ? Tout simplement le travail, le courage. Il savait qu’il serait en «représentation», il s’y est préparé. C’est là que je reconnais l’homme avec qui j’ai eu la chance de tourner deux de mes films. «Bébel», malgré ses allures de prince désinvolte, n’a jamais pris un seul de ses rôles à la légère. On ne le voyait pas travailler. Lorsqu’il arrivait sur le plateau, eh ! bien, c’était la grâce, la fluidité, la sensation que tout cela n’était qu’un jeu – alors que de flic à voyou, de prêtre à chasseur de primes, de Stavisky à L’héritier, il a toujours abordé ses personnages avec sérieux et méthode.

 

DIMANCHE 12 AVRIL

Patrice Dominguez, aux yeux noirs et à la voix limpide vient de mourir. Son tennis appartenait à un autre monde, celui d’autrefois, quand les raquettes étaient en bois, quand on faisait le revers à une seule main, et quand on ne jouait qu’en tenue blanche. Son expérience de haut niveau avait fait de lui un expert – un vrai – ce qu’on appelle un «consultant». Il y a les bons et les moins bons. Patrice était excellent parce qu’il avait vécu la tension extrême de la dernière balle de match, cette indéfinissable «peur de gagner», parce que, les ayant éprouvées, il pouvait reproduire, expliquer, décrire, justifier les petites erreurs de détail qui, d’un seul coup, vont faire basculer un match. Il savait que, souvent, «tout est dans le mental». Il parlait du tennis comme personne. C’était la somme d’une vie : échecs et succès, accidents et surprises, émotions et leçons d’existence. Il y avait de la sagesse chez cet homme qu’on appelait «Monsieur 100 000 volts» et que j’appellerai «Monsieur 100 000 savoirs». J’embrasse sa veuve Cendrine et leurs enfants.

 

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