Thierry Rolando : "Les Pieds-Noirs sont blessés aujourd'hui"

Le secrétaire d'Etat aux Anciens combattants Jean-Marc Todeschini dépose une gerbe le 19 avril en mémoire des victimes de la répression conduite à Setif le 8 mai 1945 (Algérie)[FAROUK BATICHE / AFP]

Le secrétaire d'Etat aux Anciens Combattants Jean-Marc Todeschini est revenu d'Algérie où il a participé à des cérémonies commémoratives des émeutes du 8 mai 1945 à Sétif. Thierry Rolando, président du Cercle Algérianiste - puissante organisation de Français d'Algérie - regrette ce geste qu'il juge inéquitable.

 

La répression des émeutes de Sétif par les forces de l'ordre françaises a sans doute fait plusieurs milliers de victimes le 8 mai 1945. La démarche de Jean-Marc Todeschini n'était-elle pas justifiée ?

Qu’il y ait eu une répression par l’armée française, à Sétif, le 8 mai 1945, qui fit de nombreuses victimes, est un fait. Mais, le fait que cette répression a fait suite au massacre abominable d’une centaine de civils européens, ne saurait être masqué.

Or, si les Pieds-Noirs sont blessés aujourd’hui, c’est parce que le gouvernement français est allé honorer la mémoire des victimes algériennes de la répression de Sétif, et a savamment jeté le voile noir de l’oubli sur les Français assassinés préalablement. L’histoire ne s’écrit pas en noir et blanc, il n’y a pas les bonnes et les mauvaises victimes. Toutes les souffrances et tous les drames de la guerre d’Algérie doivent être reconnus.

 

Vous estimez que le traitement mémoriel de la guerre d'Algérie est inéquitable. Pourquoi ?

Le Président de la République, François Hollande, avait déclaré à Alger, lors de sa visite officielle, en décembre 2012 : "Toutes les vérités doivent être dites". La France a seulement dit les vérités que le gouvernement algérien, voulait entendre. Ainsi, on reconnaît les victimes de Sétif, mais on laisse dans l’ombre, les 100.000 Harkis assassinés par le FLN, et les centaines d’européens, dont de nombreux femmes et enfants, massacrés le 5 juillet 1962, à Oran, par le FLN.

Que compte faire le gouvernement français, dans un esprit d’équité, pour que la mémoire de ces victimes, soit, aussi, honorée ? Si cette visite du représentant du gouvernement, révolte beaucoup de Français, dont de nombreux anciens combattants, c’est parce qu’elle s’inscrit dans une longue spirale de repentance, qui ne veut pas dire son nom, et parce que tous les gestes accomplis sur le plan mémoriel, par le gouvernement français, sont allés dans le même sens : reconnaissance et hommage aux partisans du FLN.

 

Le dialogue avec l'Algérie est-il souhaitable et le cas échéant, sous quelles conditions ?

Les Pieds-Noirs aiment profondément l’Algérie, terre de leurs ancêtres. L’amitié entre le peuple français, et le peuple algérien, les Pieds-Noirs la pratiquent depuis longtemps. Mais une amitié entre deux nations, ne se décrète pas. Chacun doit faire un pas vers l’autre, et accomplir son chemin de vérité.

Comment décréter une amitié sincère avec un gouvernement, celui de l'Algérie, qui réclame constamment à la France de battre sa coulpe, et de faire repentance, en utilisant le terme de "génocide", tout en laissant dans l'ombre les crimes commis à l'encontre des harkis et des pieds-noirs ?

Pour qu'il y ait une véritable amitié, il faut que l'Algérie reconnaisse sa part d'ombre et cesse d'insulter le pays - en l'occurence la France - qui accueille, rappelons-le, toujours à bras ouverts, ses dirigeants, que ce soit sur les plateaux télés ou dans nos hôpitaux.

 

 

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