La semaine de Philippe Labro : des stars dans la lumière, deux hommes de l’ombre

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre. 

 

VENDREDI 22 MAI

ll y a de l’ocre dans l’air, il y a du rouge dans l’air. Par un phénomène depuis longtemps classique, la terre battue de Roland-Garros semble être le lien naturel du tapis rouge du Festival de Cannes. Les deux événements se ressemblent sur bien des points : il y a autant de stars qui viendront d’ici à quelques jours, raquettes à la main, tenter de gagner un tournoi prestigieux – et beaucoup d’argent.

Djokovic, Nadal, Murray, Federer (même s’il est en fin de parcours, ce qui pourrait aussi être le cas de Nadal, mais ça reste à voir). Et il y a, à Cannes, une proportion de noms prestigieux, aussi bien dans le jury, que sur l’écran, ou sur les marches. Ces stars, comme les stars du tennis, voyagent rarement seules. Ils – ou elles – sont entourés, encadrés, protégés, conseillés par un vrai bataillon d’agents, amis, représentants des «grandes compagnies» même si ces «grandes compagnies», pour des raisons de calendrier, ne souhaitent pas risquer on ne sait quel échec à Cannes, qui porterait atteinte à leur film, lors de sa sortie aux Etats-Unis, en été.

Malgré cette rareté américaine, les organisateurs de Cannes s’en sont toujours bien sortis. Ils peuvent, d’abord, argumenter que c’est à Cannes que des révélations américaines ont eu lieu – l’exemple le plus récent fut la tonitruante arrivée de Quentin Tarantino avec Reservoir Dogs, puis Pulp Fiction. Avant lui, Coppola. Comme cette chronique paraît à la veille du dernier jour de projection, il est vain et inutile, de Paris, de se risquer à évoquer quel film, quel réalisateur (ou réalisatrice) vont remporter la Palme d’or du 68e Festival. Dix-neuf films en lice, cela signifie bien plus de dix-neuf espoirs – puisque non seulement, c’est le film, mais aussi les interprètes qui seront choisis par les neuf membres du jury des frères Coen.

On parle du Fils de Saul de Nemes, on attend Dheepan d’Audiard, qui, selon la «rumeur de la Croisette», est, encore une fois, la démonstration de la haute qualité du cinéma français. On semble unanime sur Mia Madre de Moretti, et sur le film de Todd Hayes, Carol avec Cate Blanchett et Rooney Mara. Et il y a Vincent Lindon, reconnu comme acteur majeur.

Les femmes sont très présentes – Valérie Donzelli, Maïwenn, en compétition officielle, mais aussi Emmanuelle Bercot, etc. J’appelle Thierry Frémaux, le sélectionneur : «Jusque-là tout va bien. C’est joyeux, car la comédie animée des studios Pixar, Vice-Versa, a réjoui tout le monde. C’est collectif et pacifique. Studieux !» J’appelle Pierre Lescure, le nouveau président : «J’ai été ému par la simplicité d’un jury composé de gens en apparence incompatibles.

Par Nemes, jeune Hongrois de 38 ans, quand il a su que Claude Lanzmann disait du Fils de Saul : “C’est vraiment bien.”»Lescure et Frémaux forment un tandem équilibré. Sélectionneur, Frémaux est sans aucun doute un des hommes les plus influents du cinéma mondial. Il est carré, organisé, n’oublie jamais que «nous sommes le plus grand Festival du monde. C’est une machine qui doit marcher sans aucun accroc, le moindre détail compte, et parfois, c’est délicat. L’important, c’est d’offrir le plus grand choix de tous les créatifs».

Quant à Pierre Lescure, le nouveau président, carré lui aussi, cinéphile dans l’âme, son appétit de curiosité pour les personnalités, les «personnages» qui aiment et font le cinéma, est immense. Il se tient droit, le front haut, souriant, debout en haut des marches et on dirait qu’il a fait ça toute sa vie. Il connaît cet univers. Lescure a occupé beaucoup de fonctions importantes. «Rarement une aussi passionnante», me dit-il.

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