La semaine de Philippe Labro : divisés par les conflits, réunis par le sport

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

LUNDI 8 JUIN

Les canons tonnent toujours au-dessus de l’Ukraine, on se bat autour de Donetsk. Historiens, archéologues, artistes et plus généralement tout citoyen respectueux de culture, tremblent à l’idée que Palmyre puisse être détruite. Plus de 5 000 sorties de l’Alliance et autant ou presque de bombardements n’ont pas empêché Daesh de conquérir du territoire.

De l’autre côté de la planète, des Américains s’extasient sur le projet d’Apple, son nouveau service de musique à la demande. On peut faire confiance au pouvoir de fascination d’Apple qui en dehors de ses qualités technologiques, inventives, marketing est l’un des meilleurs communicants du monde. Son nouveau boss Tim Cook a déjà presque fait oublier le génie qui construisit un empire à partir de rien et qui fit d’Apple l’une des sociétés les mieux cotées sur les marchés mondiaux : Steve Jobs. A un point rarement atteint dans le monde, la situation n’a été aussi paradoxale.

Mais Stan Wawrinka a gagné Roland-Garros. Mais le Barça a gagné la Ligue des champions.

Parallèlement, le week-end du 6 et 7 juin, 6 000 migrants ont été sauvés au large de la Libye. Acheminés en Italie, ils font la queue, venus d’Erythrée et de Syrie, pour obtenir un statut de réfugié politique. Le sommet prévu le 26 juin confirmera-t-il une répartition des demandeurs d’asile pour alléger le fardeau de l’Italie et de la Grèce ?

Mais l’Europe ne débat pas de ce seul problème. Il y a aussi celui de la dette grecque avec la menace d’un «Grexit» une sortie de la zone euro qui contribuerait à un peu plus de déséquilibre, redoublée par celle d’un «Brexit» que pourrait confirmer un éventuel référendum outre-Manche. Le Royaume-Uni hors de l’Union européenne ? Ce qui était inenvisageable, il y a peu encore, devient une de ces «réalités possibles» qui font le bonheur des chroniqueurs et la préoccupation des deux piliers de l’Europe : l’Allemagne et la France.rollan

 Mais Stan Wawrinka a gagné Roland-Garros. Mais le Barça a gagné la Ligue des champions.

Des millions d’êtres humains désunis par les événements dont je parle étaient le temps d’un soir «unifiés» sans se connaître devant un poste de télévision. Cela veut-il dire que le sport a quelque chose d’universel ? Il concerne tout le monde. Tout le monde en parle. Je sais, c’est un cliché !

Mais quand, pendant le même week-end, un hérisson suisse avec de curieux shorts à carreaux dérobe à un renard serbe le seul titre du Grand Chelem qui lui manquait, tandis que, la veille, la meilleure équipe de football du monde battait sans trop de difficulté une Juve qui pourtant y croyait et en voulait, eh ! bien, il est difficile de ne pas y céder.

Comme toujours en sport, les observations et les métaphores sont nombreuses. Il y a la victoire inattendue de l’«outsider», «celui qui n’appartient pas au cercle», en l’occurrence celui des superstars. Il y a le passage du temps : Federer comme Nadal peuvent doucement s’acheminer vers l’arrière-plan, même si Wawrinka n’est pas plus jeune qu’eux. Simplement, il avait trop longtemps vécu à l’ombre d’un grand arbre : Federer.

Et puis il y a la non-surprise de la victoire du Barça, contrebalancée par l’énorme surprise de l’ouverture par le FBI d’une enquête sur la corruption au sein de la Fifa. Réalité du sport. Ceux qui prétendaient l’incarner étaient-ils tous pourris ? Surprises, coups de théâtre, loi du plus fort, éclipses et déchéances… Quand on vous dit que le sport est universel : il est une métaphore de la vie.

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