La semaine de Philippe Labro : grands discours d’hier, petites phrases du jour

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste. [THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

 

LUNDI 15 JUIN

Nous vivons dans un monde où le simple mot, la simple petite phrase semblent peser plus lourd qu’un long et grand discours. Cette loi du bon mot n’est pas récente. Les livres sont pleins de ces courtes formules qui définissent parfois un homme politique ou résument un moment de l’Histoire. De «La France a perdu une bataille mais la France n’a pas perdu la guerre», du général de Gaulle en juin 1940, à «Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur», de Winston Churchill à la même époque. Ces phrases sont liées à la Seconde Guerre mondiale, et il est vrai que ce sont les grands événements qui les transforment en légendes.

Il suffit d’un peu feuilleter les manuels d’histoire, du moins celle que l’on m’a apprise, pour se souvenir de mots qui se sont imposés au fil des siècles et n’ont pas attendu l’ère du tweet et l’obligation des 140 signes. Si l’on remonte aux siècles précédents, on se souvient du «Impossible n’est pas français», de Napoléon ou du «Y penser toujours, n’en parler jamais», de Gambetta, à propos de l’Alsace-Lorraine. Et, en vrac, pour revenir au XXe siècle, du plus anecdotique au plus dramatique, on trouve, par exemple, «Lui c’est lui, moi c’est moi», de Laurent Fabius, jeune Premier ministre de François Mitterrand. Ronald Reagan qui, une fois élu, disait à chacun de ses interlocuteurs «America is back» («L’Amérique est de retour»). On se souvient aussi, évidemment, du «Ich bin ein Berliner» («Je suis un Berlinois»), de JFK, en pleine guerre froide et, plus tard, du «N’ayez pas peur», de Jean-Paul II. Et si l’on revient encore plus en arrière, les chroniques du passé fourmillent de ces sentences historiques. «Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine», de Danton montant à l’échafaud, «L’Etat c’est moi», de Louis XIV, ou, si l’on remonte à l’Antiquité, l’un des mots les plus utilisés encore aujourd’hui : le fameux «Eurêka !» («J’ai trouvé !»), d’Archimède découvrant le théorème qui porte aujourd’hui son nom.

Eh ! bien, eurêka ! J’ai récupéré dans l’actualité récente deux phrases prononcées par deux femmes qui ne rentreront pas forcément dans les livres d’histoire, mais qui illustrent combien quelques mots valent parfois beaucoup de discours. Je songe d’abord à Hillary Clinton qui, pour son vrai premier meeting de campagne électorale, dit ceci : «Je serai la plus jeune femme présidente de l’histoire des Etats-Unis.» Pour ajouter : «Et la première grand-mère.» Elle attire ainsi à elle toutes les femmes qui souhaitent la voir devenir présidente (et faire craquer le plafond de verre) et toutes les personnes en âge d’être grands-parents : deux sérieuses portions d’électeurs. L’ancienne secrétaire d’Etat se garde en outre de trop mentionner son mari Bill, et a même – jolie habileté – laissé entendre que son nom de femme demeurait Rodham. Les échanges entre Angela Merkel et le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, à propos des risques de sortie de la zone euro, sont également intéressants en dépit de la nécessaire discrétion diplomatique qui les entoure. Selon une source citée par notre confrère Le Monde, la chancelière compare le défi financier de Tsipras et des Grecs à celui qu’affronterait «un étudiant en médecine à qui on demanderait de faire une opération à cœur ouvert». Cela prouve encore combien la mère gardienne de l’Europe, élue trois fois chancelière, a un jugement fin et pragmatique. Les politiques l’ont tous compris : il y a des phrases qui tuent comme il y a des phrases qui élèvent. Il suffit de savoir les prononcer au moment opportun. 

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