Nouveau bras de fer autour de la viande de porc

Le bras de fer a repris autour des prix de la viande de porc. [JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP]

 Après une brève accalmie, le bras de fer a repris autour des prix de la viande, déclenché par le refus surprise des poids lourds de l'industrie du porc d'acheter les bêtes aux éleveurs au prix revalorisé mi-juin sous l'égide du gouvernement.

 

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll a promis mardi 11 août que "tout sera mis en oeuvre" pour que les cotations du porc redémarrent jeudi au marché au cadran de Plérin (Côtes d'Armor), après le retrait de deux gros acheteurs lundi.

Les moyens de pression du gouvernement sont toutefois limités: le ministre a évoqué "la capacité à négocier, à discuter", souhaitant "que chacun assume ses responsabilités". Des entretiens téléphoniques avec le leader de la viande Bigard et la coopérative Cooperl, numéro 1 du porc, sont prévus dans l'après-midi, pour tenter de les convaincre de revenir aux achats d'ici jeudi, jour où l'activité est beaucoup plus importante à Plérin que le lundi.

 

Manuel Valls minimise le retrait des abatteurs de porcs

 Le Premier ministre Manuel Valls a minimisé les conséquences de leur retrait, soulignant que ce marché "ne représente qu'une petite partie des transactions dans ce domaine" (environ 10-15% des volumes nationaux, ndlr).

Mais trois semaines à peine après le mouvement de colère des éleveurs, qui avait paralysé une partie des routes de France, le retrait des deux principaux acteurs de l'abattage de porcs est hautement symbolique. Ils estiment que le prix convenu au sein de la filière de 1,40 euro/kilo est intenable pour les abattoirs, comparé au prix en Allemagne ou en Espagne. Ce prix vise à permettre aux éleveurs français de garder la tête hors de l'eau en couvrant leurs frais de production.

 

Bigard et Cooperl se sont retirés du marché

"Ce n'est pas un prix politique, mais un engagement qui a été pris" par l'ensemble des professionnels, a soutenu M. Le Foll. 

Mais pourquoi Bigard et Cooperl se retirent-ils du marché précisément cette semaine, après avoir appliqué la hausse en juillet ?  "Cela surprend tout le monde, à commencer par les professionnels. Bigard dit que du côté des salaisonniers, tout le monde ne joue pas le jeu des hausses", explique-t-on dans l'entourage du ministre.

 

Urgence absolue

En Bretagne, les représentants porcins ont de nouveau souligné leur profonde détresse. "Le constat est dramatique pour la filière, du producteur à l'abattage. Ça fait des années que nous dénonçons les très fortes distorsions de concurrence au niveau européen", a déclaré le vice-président du comité régional porcin Michel Bloc'h, à Plérin.

"On va peut-être faire une cotation jeudi", a expliqué M. Blo'ch. "On est dans l'urgence absolue, on produit une matière vivante, on ne peut pas garder nos animaux plus de huit jours supplémentaires dans les élevages".De son côté, Michel-Edouard Leclerc, président des centres Leclerc, confirmé que ses abattoirs achèteraient bien jeudi du porc à 1,40 euro le kilo, mais a souligné que "la situation ne sera pas tenable à moyen terme".

 

"Pratiques mafieuses"

Les éleveurs admettent que la situation est compliquée pour les industriels. Il faut "des moyens pour que les deux entreprises (Cooperl et Bigard) qui ont quitté le marché reviennent. Leur porc à l'exportation est à environ 0,30EUR de plus que la concurrence", reconnaît M. Bloc'h.

Paul Auffray, le président de la fédération nationale des éleveurs de porc (FNP) parle carrément de "pratiques mafieuses" de la part des industriels allemands et espagnols.

 

Stratégie sur le long terme 

"Les distorsions salariales en Europe tournent à des pratiques mafieuses en Allemagne et en Espagne. On ne peut pas continuer avec des concurrents, chez nos voisins, qui tournent à 5 euros de l'heure et s'assoient sur les normes sociales, avec l'approbation de la Commission européenne", a-t-il dit sur Europe 1.

Alors que l'élevage porcin nécessite beaucoup de main-d'oeuvre, les allègements de charges décidés dans le cadre du CICE représenteront cette année 19 millions d'euros pour l'élevage, soit environ 1.700 euros pour chaque emploi au Smic, a rappelé Stéphane Le Foll, qui prévoit une nouvelle table ronde fin août.Le président de la FNSEA (premier syndicat agricole) Xavier Beulin réclame, lui, une "stratégie à 20 ans" pour sortir des crises à répétition, plutôt qu'une "énième table ronde"

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