Tribunal de Melun : le point après la fusillade

Le bâtonnier devait signifier à l’avocat sa suspension dont le motif reste pour l’heure inconnu.[THOMAS SAMSON / AFP]

L’avocat Joseph Scipilliti, 63 ans, a tiré jeudi à plusieurs reprises sur le bâtonnier Henrique Vannier dans le tribunal de Melun, avant de se suicider. Voici ce que l’on sait d’un drame qui suscite une vive émotion dans le pays.

Le rendez-vous vire au drame

Joseph Scipilliti et Henrique Vannier avaient rendez-vous ensemble jeudi matin dans le bureau du second, situé dans le tribunal de Melun. Le bâtonnier devait signifier à l’avocat sa suspension, dont le motif reste pour l’heure inconnu. A 09h03, Joseph Scipilliti tire à plusieurs reprises sur son interlocuteur avec une arme à feu non déterminée. Le bâtonnier s’écroule. L’avocat retourne alors l’arme contre lui et se suicide. Conduit en urgence à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil, Henrique Vannier est grièvement blessé mais son «pronostic vital n'est plus engagé».

 

Un contentieux entre les deux hommes

Avant de passer à l’acte, Joseph Scipilliti avait fait parvenir à plusieurs personnes dont Pierre Cassen, fondateur de Riposte Laïque, collectif considéré comme proche de l’extrême-droite dont il défendait les droits, un texte de 240 pages. Dans le document, Joseph Scipilliti se montre particulièrement véhément à l’égard de Henrique Vannier. Ce «système s'est incarné en l'occurrence par le nouveau bâtonnier H.V. qui dès avant sa prise de fonction pour les années 2014-2015, avait fait connaître son intention d'en finir avec moi», écrivait-il. «Il incarnait à lui seul tout ce que je combattais depuis le début de ma carrière. (...) Il était le candidat idéal», affirmait-il par ailleurs.

Vague de réactions

Christian Taubira a adressé après le drame «un message de sympathie à la famille et aux proches de Maître Henrique Vannier». «Il n'est pas concevable que nos juridictions et les maisons de l'ordre des avocats deviennent pour eux des lieux dangereux», a aussi considéré la ministre de la Justice. Pascal Eydoux, président du Conseil national des barreaux (CNB) s’est dit « stupéfait, consterné et ahuri».

La sécurité des tribunaux pointée du doigt

Interrogée sur BFM TV, la Garde des Sceaux a réfuté toute critique du dispositif sécuritaire actuel des tribunaux. «Dans le cadre du plan antiterroriste, nous avons délégué 12,1 millions d'euros de crédit pour la sécurité des sites judiciaires. (...) Les dispositions physiques ont été prises», a-t-elle assuré. «Maintenant, il nous faut réfléchir ensemble (sur le) fait que les avocats identifiés ne sont pas fouillés», a-t-elle tout juste concédé.

Les tribunaux habituellement préservés

Les actes dramatiques de ce genre se nouant au sein même d’un tribunal restent rares en France. Le dernier en date remonte au 5 juin 2007. Fatiha Benzouia, mère de famille, avait poignardé et blessé à l'abdomen le juge aux affaires familiales Jacques Noris, parce qu'il ne lui donnait pas la garde de son enfant. Elle a été condamnée à 13 ans de prison ferme. Avant cette tragédie, un chef d’entreprise en difficulté avait tiré au fusil de chasse en pleine audience et blessé gravement son syndic, Michel Berault.

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