Louis Caprioli (ex-patron de la DST) : «Nous sommes en guerre»

Louis Caprioli est l'ancien patron des services antiterroristes français. Louis Caprioli est l'ancien patron des services antiterroristes français. [Capture d'écran Dailymotion.]

La France a été frappée vendredi soir par une vague d'attentats sans précédents. Des attaques qui montrent que chaque citoyen est désormais une cible, selon Louis Caprioli, ancien responsable de la Direction de la surveillance du territoire (DST).

Que disent les attentats de vendredi soir à Paris de la menace terroriste ?

Elle a toujours été importante dans le pays. Mais les cibles ont désormais changé. Les juifs, les militaires et les journalistes, visés par Merah puis par les attentats de janvier, sont protégés. Les terroristes s'en prennent désormais aux autres Français. Les civils sont devenus des objectifs militaires, car dans la tête des jihadistes, chaque citoyen est impliqué, est un ennemi qui participe à la lutte contre Daesh. Pour les salafistes, les Français ne sont pas de simples innocents, mais ils participent aux combats car ils financent les forces de sécurité avec leurs impôts. Mêmes des enfants pourraient être considérés comme tels. 

Comment analyser le mode opératoire des terroristes ?  

Tout le monde le redoutait. Avec l'utilisation de ceinture d'explosifs par des kamikazes, on retrouve les modes opératoires couramment utilisés au Moyen-Orient, qui ont été transportés en France. En se faisant sauter, les terroristes montrent leur volonté d'échapper à la police, de ne pas livrer de combat. Les terroristes mettent la menace à un degré supérieur par rapport à avant, avec une technique qui rappelle celle utilisée par les Tchétchènes en Russie, notamment lors de l'attaque du théâtre de Moscou en 2002. La prise d'otages dans le Bataclan n'est en réalité pas une prise d'otages, puisqu'il n'y a pas de négociation. Le seul but, c'est de tuer un maximum de gens. 

Tous les Français sont désormais en danger...

On a tendance à oublier qu'en 1995, avec la vague d'attentats dans les transports en commun, tout le monde a été victime. Les civils étaient, là aussi, des cibles, à l'époque celle du Groupe islamique armé (GIA). On revient aujourd'hui à cette idée de punition collective.

Que peuvent désormais faire les autorités ? 

La réponse va bien sûr être sécuritaire, mais le défi est colossal, avec 7 000 signalements de radicalisation recensés, plus de 2 000 individus repérés dans les théâtres d'opérations syriens et irakiens. Sans compter les milliers de profils surveillés à l'heure actuelle par les services de renseignement français. Dans le même temps, l'opération Sentinelle mise en place depuis janvier montre ses limites. Car sa mission de dissuasion n'a pas d'effet sur les assaillants. Elle n'est pas valable car pour les dissuader, il faudrait qu'ils aient quelque chose à gagner. Mais ces terroristes s'en moquent, ils n'ont absolument rien à perdre. 

Qui sont-ils ? D'où viennent-ils ?

On ne sait rien d'eux pour l'instant. Ce qui frappe, c'est leur détermination et leur degré d'endoctrinement. Il est phénoménal et échappe à tout entendement. 

Doit-on s'habituer à ce climat de terreur ?

Nous sommes en guerre. Nous le sommes depuis un certain temps mais nous ne voulions pas l'avouer. La France les combat au Moyen-Orient, et quand un ennemi est attaqué, il riposte. On peut donc craindre que le pays soit frappé à nouveau. 

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