Vallaud-Belkacem : «Il faut rester vigilants»

La ministre de l'Education Nationale ne veut pas céder à la peur face à la menace.  La ministre de l'Education Nationale ne veut pas céder à la peur face à la menace. [©DESSONS/JDD/SIPA]

Face à la menace terroriste, la ministre de l'Education nationale renforce les mesures visant à protéger les élèves. Le but : être prêts en cas de grand danger. 

L'inquiétude règne depuis le 13 novembre. L'agression inventée d’un enseignant, lundi à Aubervilliers par un jihadiste, et l’emballement médiatique qui a suivi, illustrent la tension dans laquelle se trouve actuellement l’école française. La ministre de l’Education Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a annoncé hier de nouvelles mesures. Son but : tout faire pour protéger les élèves d’une nouvelle attaque. 

Doit-on craindre un attentat dans un établissement scolaire français ?
La menace terroriste est réelle et permanente en France. Les établissements scolaires sont, comme l’ensemble des lieux de vie de notre pays, des cibles potentielles.  
 
La coopération avec le ministère de l'Intérieur est renforcée…
Oui, car c’est la collaboration et la vigilance de tous les acteurs qui permettra d’assurer la sécurité de nos établissements scolaires. Chacun a des compétences propres. Il s’agit maintenant de coordonner nos moyens, d’intensifier les relations entre les personnels de l’Education nationale et les forces de sécurité intérieure afin de prévenir les dangers et d’être capables de réagir rapidement en cas de menace avérée.
 
Va-t-il y avoir un système d’alerte ? 
J’ai demandé à chaque recteur de recenser les numéros de téléphone portable de tous les directeurs d’écoles et chefs d’établissements de son académie, pour pouvoir les alerter en temps réel en cas de crise. Des études sont par ailleurs lancées par le ministère de l’Intérieur concernant la mise en place de dispositifs complémentaires : d’une part, un système d’alerte SMS qui permettrait aux forces de l’ordre de diffuser de l’information à tous les chefs d’établissement en cas de menace, et d’autre part des lignes téléphoniques prioritaires permettant aux écoles et aux établissements de joindre immédiatement les forces de l’ordre en cas d’urgence. Un seul objectif : la réactivité.
 
Qu’en est-il des cellules de crise au sein des rectorats ? 
Elles seront composées de personnels formés à la gestion de crise à haut niveau, en lien avec le ministère de l’Intérieur. Elles seront composées de sept à huit collaborateurs de chaque recteur, comme le conseiller sécurité, le dirigeant de l’équipe mobile de sécurité et conseiller communication… Elles devront savoir prendre des décisions rapidement en cas de menace aux alentours d’une école ou dans un établissement, par exemple pour déterminer s’il faut fermer temporairement des écoles, envoyer des équipes mobiles de sécurité sur place…
 
Comment les enseignants vont-ils être formés aux premiers secours ?
Ces formations aux premiers secours seront détaillées au mois de janvier pour pouvoir débuter dès le mois de février. Nous allons engager une large démarche de sensibilisation intensive avec les acteurs de la sécurité civile.  Aujourd’hui, nous avons à l’Education nationale 7000 formateurs qui forment des élèves. A ce jour, 30% des élèves de 3e ont obtenu leur attestation «prévention et secours civique» de niveau 1. Notre objectif est d’aller beaucoup plus loin, en formant davantage de formateurs, d’enseignants et d’élèves. Nous finalisons actuellement ce plan de formation avec le ministère de l’Intérieur, en concertation avec les organisations syndicales que nous recevrons en janvier.
 
Quels sont les exercices qui doivent être mis en place ?
Dans chaque département, les préfectures vont organiser un exercice de gestion de crise «grandeur nature» impliquant la sécurisation d’un établissement scolaire.  
 
Faut-il envisager un déploiement massif des forces de sécurité devant les établissements scolaires ? 
Le ministère de l’Intérieur a bien sûr déjà renforcé les patrouilles devant les établissements scolaires. Pour ce qui est des dispositifs de sécurisation, nous avons demandé que pour chaque établissement soit réalisé un diagnostic de sécurité, qui tienne compte des spécificités de chaque bâtiment, par exemple une entrée isolée, une façade exposée… Sur la base de ces diagnostics, les collectivités qui sont compétentes en matière d’équipement, pourront décider en lien avec nos équipes, de mettre en place de nouveaux dispositifs de sécurité. Néanmoins, certains équipements semblent plus utiles que d’autres : sur les portiques de sécurité, il faut faire attention car ils peuvent être contreproductifs en raison des flux d’élèves à gérer chaque jour dans un établissement. Nous cherchons plutôt à éviter les attroupements devant les établissements, donc créer de longues files d’attente pour y entrer n’est pas la meilleure solution. 
 
Un récent texte de l'organisation Daesh vise les enseignants. Les sentez-vous inquiets ? 
J’ai entendu leurs inquiétudes et je les comprends. Daesh vise les enseignants dans ses écrits, comme il a pu viser d’autres symboles. L’école française est porteuse des valeurs de la République, qui sont l’antithèse de l’idéologie véhiculée par Daesh. Pas étonnant donc que Daesh cherche à intimider les enseignants. Mais je veux que les personnels de l’Education nationale sachent que notre collaboration avec le ministre de l’Intérieur est totale et que tout est mis en œuvre pour la sécurité des établissements.

 

De même, comment rassurer les parents ?
Je suis moi-même parent d’élève. Je comprends les inquiétudes qui s’expriment. Mais il faut avoir conscience du travail important qui est mené au quotidien par nos services de renseignement. Au-delà de ces fonctionnaires, tous les services sont mobilisés, aussi bien au ministère de l’Intérieur qu’à l’Education nationale. Chaque citoyen doit l’être aussi. La mobilisation de chacun est la plus grande prévention que nous pouvons mener. Cela commence par le respect des consignes de sécurité affichées à l’entrée des écoles. 

Comment faire cohabiter éducation et vigilance accrue ? 
L’école doit rester le lieu de l’acquisition des savoirs et des valeurs de la République. Les équipes éducatives et pédagogiques ne sont évidemment pas des policiers ou des gendarmes et n’ont pas vocation à se substituer aux forces de l’ordre. En revanche, il nous faut tous acquérir des réflexes, être vigilants dans le cadre de nos missions.

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