La semaine de Philippe Labro : les modes de Bowie, le style de «Jean d’O»

Philippe Labro, écrivain, cinéaste et journaliste.[THOMAS VOLAIRE]

Philippe Labro est écrivain, cinéaste et journaliste. Chaque vendredi, pour Direct Matin, il commente ce qu'il a vu, vécu et observé pendant la semaine. Un bloc-notes subjectif et libre.

LUNDI 11 JANVIER

En l’église Saint-Roch, à Paris, ils pleurent toutes et tous, ces comédiens français (Belmondo à leur tête) dont les visages et talents ont traversé, et continuent de traverser, le monde du cinéma et du théâtre. Toutes et tous sont venus rendre hommage à Michel Galabru, ce comédien génial dont il a fallu qu’il disparaisse pour que certains admettent, enfin, qu’il avait, précisément, une sorte de génie. Notre confrère du Parisien, Thierry Dague, a bien observé et évoqué la cérémonie à Saint-Roch, comme un moment d’émotion rare. Il rapporte, en particulier, les propos de Philippe Caubère, un acteur qui n’appartient pas à la génération Belmondo-Marielle-Galabru (et d’autres), et qui eut raison de dire que «les temples du théâtre subventionné» ont négligé et même ignoré cet homme, peut-être parce qu’il était trop «populaire», et jouait dans trop de «nanars» ?

Janvier est un mois cruel pour ceux qu’on appelle des «artistes». Ils sont partis : Delpech, Boulez, Courrèges, Galabru, bien sûr, et puis, et enfin, David Bowie. Toute cette série en l’espace de dix à quinze jours. Pour Bowie, ce n’est pas seulement un pays qui a salué sa mort, c’est le monde entier – ou presque – qui a célébré l’exceptionnel caméléon. Bowie a captivé non seulement des millions de gens mais, aussi, donné du grain à moudre aux médias, aux sociologues, aux blogueurs, car il possédait ce don inouï de savoir changer avant que son époque ne le fasse. Regardons bien son étrange visage, c’est celui d’un homme prodigieusement ambitieux, forcément intelligent, un as du marketing autant que de la pure création, provocante et stimulante. Il envoyait à ses publics, des messages qu’on aurait pu, au fond, résumer banalement par : «Tout bouge, tout change, et c’est moi qui opère ce changement pour vous.»

Il n’avait rien d’un mégalomane. Quelles que purent être ses transgressions, transformations, inventions, pirouettes, acrobaties, progressions, chutes et rechutes, suivies de bonds et de rebonds, David Bowie conservait, me semble-t-il, une élégance, une distance, un recul sur les gens et les choses. Il n’avait pas choisi son nom par hasard, celui d’un couteau inventé par James Black au début du XIXe siècle. Le «Bowie» était très apprécié des «coureurs des bois» : large lame au bout très pointu, à l’intention d’un célèbre pionnier américain, mort à Fort Alamo, Jim Bowie. Donc, précision, mystère, faculté de couper, hacher, frapper – tout ce que fera l’icône des années 1970. Pointu, aigu, en avance sur son époque, explorant des sphères inconnues pour créer et initier de nouvelles modes. Même s’il a fini par s’installer aux Etats-Unis, David Bowie, pour moi, demeure un «Brit» – un Britannique, un Anglais. Seule une île comme l’Angleterre peut produire et offrir au monde de tels éléments perturbateurs. Cela va d’Oscar Wilde aux Rolling Stones et de Lord Byron aux Beatles.

VENDREDI 15 JANVIER

Lectures : bien entendu, le dernier livre de Jean d’Ormesson, le plus jeune de tous les écrivains français (il n’a que 90 ans), avec Je dirai malgré tout que cette vie fut belle, édité chez Gallimard. On voit partout notre institution nationale littéraire, sur les plateaux télé et dans la presse. Mais il ne suffit pas de rire à son sens de la réplique, ou de s’étonner de son incroyable capacité à retenir textes et poésies, il faut le lire. Ce sont de véritables mémoires, on y apprend beaucoup – en particulier, ce que j’ignorais, comment il fut, entre autres aventures, un parachutiste. Jean d’O en parachutiste ? C’est «épatant» – adjectif favori de l’encyclopédique académicien aux yeux céruléens et au sourire d’enfant. 

 

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