Le mal français du chômage, par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani. [Alexis Reau / SIPA]

Chaque semaine, Jean-Marie-Colombani, cofondateur et directeur de Slate.fr, exprime de manière libre et subjective son point de vue sur les temps forts de l’actualité.

L’année 2015, année sinistre à jamais marquée par les attentats de janvier et du 13 novembre, s’est conclue par une déclaration présidentielle d’urgence, non seulement sécuritaire mais aussi économique et sociale. Cette dernière doit être concrétisée par l’annonce ce lundi 18 janvier, par le président de la République, d’un plan d’urgence pour l’emploi. Le chômage culmine à 3,5 millions de personnes, et même s’il a été, peu ou prou, stabilisé sur l’ensemble de l’année, ce chiffre reste le gros point noir du quinquennat. En contradiction avec l’engagement du président d’en inverser la courbe. Il lui reste un an pour apporter la preuve que cette inversion est possible. Faute de quoi, il lui sera difficile de justifier qu’il puisse demander au pays le renouvellement de son mandat.

Mais François Hollande n’a pas le monopole du chômage. C’est un mal français, durablement et solidement installé. Pour preuve, l’année 2015 précisément. Ce fut, disent les économistes, l’année de l’alignement des planètes : baisse de l’euro, donc encouragement mécanique aux exportations ; baisse spectaculaire du prix du pétrole, donc gain de pouvoir d’achat ; niveau très faible des taux d’intérêt, donc soutien aux investissements. Autant d’éléments favorables au retour ­de la croissance et donc au recul du chômage. Ajoutons-y, en France, un déficit public important dont on nous a toujours expliqué qu’il était en lui-même un facteur de soutien à l’activité. Résultat : la croissance est bien là, et presque partout en Europe, le chômage a reculé. Pourtant, en France, le retour de la croissance est resté faible (1 %), sans être accompagné par un mouvement de recul du chômage. Car le chômage français est le symptôme de nos difficultés économiques profondes, de notre trop faible compétitivité et des défauts de notre système de formation. Si toutes les planètes étaient alignées, l’appareil de production français a été incapable d’en profiter, victime de son rétrécissement et d’années de faiblesse de l’investissement. C’est la production qui est en France en mauvaise posture, comme l’avait parfaitement expliqué le rapport de Louis Gallois, dès la fin de l’année 2012. Et «le pacte de responsabilité» est bien une nécessité, contrairement à ce que voudraient faire croire aujourd’hui certains socialistes.

Faiblesse de l’appareil de production qu’accompagne une inadéquation entre l’offre et la demande d’emplois. Il y a, en France, un chômage important de personnes peu ou pas qualifiées ; mais il se situe à un niveau comparable à celui des autres pays (13,9 % en 2014 contre 12 % en Allemagne). En revanche, ce chômage est beaucoup plus élevé qu’ailleurs pour les personnes ayant obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur (5,7 % contre 2,5 % en Allemagne). Enfin, les entreprises ne trouvent pas une partie de la main-d’œuvre dont elles ont besoin dans la technologie, la santé, les services à la personne, l’hôtellerie et la restauration.

François Mitterrand avait dit : «Sur le chômage, nous avons tout essayé !» Il est à craindre que ce fatalisme perdure. Or il n’y a pas de raison que la France échoue là où d’autres (Allemagne, Grande-Bretagne, Pays-Bas) réussissent. De nouvelles recettes vont être expérimentées, notamment l’idée de François Hollande de proposer une formation à 500 000 chômeurs, d’encourager l’apprentissage et de nouvelles embauches dans les petites entreprises. Il faut souhaiter qu’elles réussissent. Il vaudrait mieux pour tout le monde, notamment pour les partis dits de gouvernement, que le chômage recule enfin plutôt que d’en faire, une fois de plus, le cœur d’une campagne électorale. Ce serait signer l’échec de ce quinquennat mais aussi des précédents.

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