Les VTC poursuivent leur mouvement

Des chauffeurs de VTC manifestent place de la République à Paris le 4 février 2016  [THOMAS SAMSON / AFP] Des chauffeurs de VTC manifestent place de la République à Paris le 4 février 2016 [THOMAS SAMSON / AFP]

Vent debout contre les mesures pro-taxis annoncées par Manuel Valls, les chauffeurs de VTC (transports collectifs sur réservation) ont prévu de poursuivre leur mouvement vendredi après un nouveau rassemblement jeudi sur fond de réunion sans résultat avec le médiateur nommé dans ce conflit.

Cette mobilisation survient une semaine après l'annonce par le gouvernement, sous la pression d'un mouvement de colère des taxis, de "contrôles incessants" pour traquer les chauffeurs de VTC "fraudeurs" (détenteurs d'une licence de transport collectif LOTI mais effectuant des courses individuelles, au mépris des règles). Au soir d'une deuxième journée de mobilisation, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron a une nouvelle fois fait entendre sa petite musique plus libérale et moins interventionniste, estimant que "ce n'est pas le gouvernement qui, d'ailleurs, aura à décider quelque chose", mais "celles et ceux qui consomment de la mobilité, et celles et ceux qui offrent de la nouvelle mobilité".

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VTC et Loti ont prévu de se retrouver dès vendredi matin 09H00 place de la Nation, dans l'est de la capitale. Jeudi soir, ils ont levé un rassemblement vers 19h00 place de la République, où la préfecture de police avait recensé environ 200 véhicules à la mi-journée. Une cinquantaine se sont rendus en début de soirée à l'aéroport de Roissy, où ils avaient l'intention de passer la nuit. Mot d'ordre: "sauver 10.000 emplois dans un secteur où la demande existe". "Pourquoi on n'a pas le droit de travailler pour Uber?", s'est exclamé lors du rassemblement à République Adil Bourga, "capacitaire", c'est-à-dire titulaire d'une capacité qui lui permet de conduire des VTC.

Manifestation de chauffeurs de voitures de tourisme (VTC), le 4 février 2016, place de la République à Paris [THOMAS SAMSON / AFP]
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Manifestation de chauffeurs de voitures de tourisme (VTC), le 4 février 2016, place de la République à Paris

Collées sur les carrosseries, des pancartes résumaient l'amertume des chauffeurs qui dénoncent un parti pris du Premier ministre Manuel Valls en faveur des taxis: "Valls=G7", "plan social Valls=10.000 personnes à la poubelle", ou encore "déconne pas Manu, ça sert à rien la haine, un taxi de perdu c'est 10 chauffeurs qui reviennent", libre adaptation d'une chanson de Renaud.

Macron s'en mêle

Les représentants des nouveaux modes de transports ont été piqués au vif de n'être reçus que par le médiateur, le député PS Laurent Grandguillaume, alors que les taxis avaient été reçus par le Premier ministre lui-même vendredi dernier. Les employeurs de VTC ont d'ailleurs "refusé la réunion" en signe de protestation. Six plateformes de mise en relation ont en revanche accepté de rencontrer le médiateur à Matignon.

Arrivés peu après 16h00, les dirigeants de ces plateformes ont apporté des cartons contenant selon eux 150.000 lettres de soutien. "10.000 emplois", était-il écrit sur ces boîtes. A l'issue de deux heures de réunion, Yves Weisselberger, patron de la plateforme VTC Snapcar, a eu au moins l'impression d'être entendu par Laurent Grandguillaume, déjà à l'oeuvre la semaine dernière pour déminer la colère des taxis.

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Le représentant a mis en avant deux éléments: "Il y a une demande forte potentielle pour le type de service de transport qu'assurent les VTC et les taxis. C'est un marché qui est en croissance et il faut créer les moyens de satisfaire cette croissance. La deuxième chose c'est que nous avons pu exprimer la détresse, le risque pour l'emploi de ces milliers de chauffeurs qui ont manifesté ces deux derniers jours".

"Il y a à quelques centaines de mètres d'ici des VTC qui sont en train de manifester, après les taxis, qui montrent la difficulté des changements qui sont à l'oeuvre dans nos sociétés et qui vont avec cette transformation", a constaté le ministre de l'Economie Emmanuel Macron lors des dix ans de l'Association française des éditeurs de logiciel et de solutions internet (Afdel).

"Et ce n'est pas le gouvernement qui, d'ailleurs, aura à décider quelque chose. Ce sont celles et ceux qui consomment de la mobilité, et celles et ceux qui offrent de la nouvelle mobilité. C'est ça qui va se passer. Alors on peut ralentir les choses, les accompagner, les accélérer, mais la révolution qui est à l'oeuvre, elle est formidablement décentralisée, déconcentrée, elle est dans la main de chacune et chacun", a poursuivi M. Macron.

Même son de cloche sur le terrain: "On est en 2016, il faut accepter que le monde évolue", déclare Ahmed, VTC pour la plateforme américaine Uber, présent sur la place de la République. "Ca fait quatre ans que je cherche (un emploi) dans l'informatique, j'ai pas trouvé. Ils veulent qu'on devienne délinquants ou dealers ?".

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