L'Education nationale a laissé enseigner un prof condamné pour pédophilie

La ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, à Paris le 19 février 2016 [FRANCOIS GUILLOT / AFP] La ministre de l'Education, Najat Vallaud-Belkacem, à Paris le 19 février 2016 [FRANCOIS GUILLOT / AFP]

L'Education nationale savait qu'un professseur, mis en examen pour agression sexuelle d'un mineur de moins de 15 ans, avait déjà été condamné pour de tels faits en Grande-Bretagne mais l'a laissé continuer à enseigner, a révélé vendredi Najat Vallaud-Belkacem, pointant un dysfonctionnement « insupportable »

Ce professeur de maths au collège Blaise Pascal de Villemoisson-sur-Orge, dans l'Essonne, a été mis en examen jeudi, également pour détention d'images pédopornographiques, et placé en détention provisoire.

« Dès lors que nous l'avons appris, il a été suspendu », a déclaré la ministre de l'Education lors d'une conférence de presse convoquée à la hâte. « A ce stade, rien ne permet de penser que ses élèves ont été victimes de ses agissements. »

Mais l'examen de son dossier a révélé « des faits d'une extrême gravité », a-t-elle ajouté : il avait déjà été condamné par un tribunal britannique en 2006 pour relations sexuelles avec un enfant à partir d'une position de confiance et pour voyeurisme à 15 mois d'emprisonnement, condamnation versée à son dossier professionnel.

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Une commission paritaire académique réunie en formation disciplinaire en mars 2007 avait conclu à l'unanimité de ses 35 membres à l'absence de sanctions ayant constaté que « la matérialité des faits reprochés était sujette à caution et que le doute devait lui profiter », a-t-elle précisé, qualifiant « d'"insupportable » le fait qu'il ait été autorisé à continuer d'enseigner.

« L'Education nationale est responsable cette fois-ci puisqu'elle était informée. Elle n'aurait pas dû laisser ce monsieur continuer à exercer au contact d'enfants », a martelé la ministre, qui a lancé « une enquête administrative » et prendra, « le cas échéant, les sanctions qui s'imposent ».

Depuis l'affaire de Villefontaine - un directeur d'école mis en examen au printemps pour les viols d'une partie de ses élèves alors qu'il avait été condamné pour recel d'images pédopornographiques en 2008 -, l'Éducation nationale s'est engagée à passer au peigne fin le casier judiciaire de ses agents, a rappelé Najat Vallaud-Belkacem.

Un projet de loi en cours d'examen au Parlement doit garantir que toutes les affaires mettant en cause ses personnels dans des affaires de pédophilie « soient transmises en temps utile » pour que des sanctions disciplinaires puissent être prises.

Une cellule psychologique a été mise en place au collège Blaise Pascal

« Je suis atterrée. On n'a pas été mis au courant  de la condamnation en Grande-Bretagne avant les déclarations de la ministre », a réagi Catherine Lucas, représentante de la fédération de parents d'élèves FCPE au collège de l'enseignant. « L'équipe pédagogique était déjà très choquée » après la mise en examen.

Les enquêteurs sont remontés jusqu'au professeur après l'arrestation le 10 février « pour des faits distincts » d'un jeune homme à Corbeil-Essonnes, qui leur a expliqué avoir été recruté par « des jeunes » pour « organiser une expédition punitive à l'encontre d'un individu susceptible d'avoir commis des faits d'agressions sexuelles », selon un communiqué du parquet d’Évry.

Le jeune homme remet alors spontanément à la police un téléphone portable récupéré par les personnes qui avaient fait appel à lui, dans lequel les enquêteurs retrouvent « plusieurs milliers d'images et de vidéos pédopornographiques ». Ils y trouvent également « un film vidéo » dans lequel un homme, qui s'avérera plus tard être l'enseignant, « était en présence d'un mineur sur lequel il commettait une agression sexuelle ».

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Le suspect, un homme de 55 ans rapidement identifié, est interpellé mercredi matin à son domicile de Sainte-Geneviève-des-Bois, le lieu où « l'enfant avait été filmé ». Il a reconnu les faits en garde à vue, évoquant « des pulsions homosexuelles à tendances pédophiles ». Il a également raconté avoir fait « plusieurs voyages dans des pays du sud-est asiatique pour y rencontrer de jeunes hommes au physique juvénile ».

L'enseignant, originaire de l'Essonne, dit sur sa page « Copains d'avant » être marié et avoir quatre enfants. Il a aussi  « mis en musique Rimbaud, Baudelaire, Verlaine, Apollinaire », des disques qu'il propose à l'achat sur son site internet, où il offre aussi des fiches de révision pour le brevet de mathématiques.

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