Tromelin, l'îlot perdu de l'Océan Indien qui déchaîne les passions à l'Assemblée

Tromelin, bout de terre de 1 km2, à 520 km au nord de la Réunion couvre 280.000 km carrés de domaine maritime. [RICHARD BOUHET / AFP]

Un petit bout de terre inhabité et perdu dans l'Océan Indien qui déchaîne les passions. La souveraineté de l'îlot Tromelin, entre la France et l'île Maurice, devait être discutée à l’Assemblée nationale mercredi 18 janvier. Avant d’être retiré de l’ordre du jour ce mardi matin pour plus de «sérénité»

Revendiqué par l'île Maurice depuis 1976, Tromelin et son kilomètre carré de superficie n'a jamais cessé d'empoisonner les relations diplomatiques Paris et Port-Louis. Vingt années de négociations ont été nécessaires pour qu'un accord soit signé le 7 juin 2010, prévoyant une «cogestion» économique, scientifique et environnementale de l'île. Adopté par les sénateurs en 2012, cet accord devait être validé par les députés mercredi.

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C'était avant une levée de boucliers entretenue par des élus FN, UDI et même le Medef. En cause, les 280.000 km2 de domaine maritime ou Zone économique exclusive (ZEE) que Tromelin couvre et qui en font toute sa richesse. Dans un communiqué la semaine dernière, Marine Le Pen avait ainsi dénoncé «un projet qui amputera le territoire national» et fustigé un texte qui «ne serait qu'une étape avant que la France abandonne toute souveraineté sur Tromelin et sa ZEE».

Le député du Tarn, Philippe Folliot (UDI), et l'écrivain Irène Frain avaient aussi fait part dans une tribune dans le Figaro de leur inquiétude de voir la France «céder de fait, et sans contrepartie» une partie de son territoire. Tromelin fait partie du domaine privé de l'Etat et est actuellement géré par l'administration des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

Une pétition et un échange tendu à l'Assemblée

Le député avait également lancé une pétition sur change.org qui rassemblait ce mardi matin quelques 11.517 signatures. Il avait également interpellé le gouvernement lors de la séance de questions d’actualité la semaine dernière à l’Assemblée nationale en dénoncant «le début du détricotage de notre domaine maritime». «Cet accord ne remet pas en cause «la souveraineté de la France», lui avait assuré le secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur, Matthias Fekl, précisant que «toutes les garanties juridiques ont été prises».

Sauf que le Medef s’en est mêlé, expliquant à son tour dans un communiqué que Tromelin «participe au rayonnement de notre pays, deuxième ZEE du monde derrière celle des Etats Unis, et peut contribuer au développement de l'économie, notamment autour du secteur de la pêche». Il dit craindre «un précédent» suceptible d'entraîner «la remise en cause de la souveraineté de la France sur d'autres îles, menaçant ainsi sa Zone économique exclusive, véritable atout de notre pays dans la compétition mondiale».

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Finalement, l’examen du texte a été retiré de l'ordre du jour de l'Assemblée nationale lors de la conférence des présidents dans un souci d'apaisement. De source diplomatique, on a justifié ce retrait par le fait qu'«un débat irrationnel s'est emparé d'un certain nombre de groupes politiques» vu le contexte électoral.

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