Ces ministres qui ont été obligés de démissionner à cause des «affaires»

L'affaire Cahuzac a été le plus gros scandale politico-judiciaire du quinquennat Hollande.[MARION BERARD / AFP]

Un mois après la formation du premier gouvernement d’Edouard Philippe, quatre ministres, tous visés par des enquêtes préliminaires, ont annoncé leur démission.

Richard Ferrand, Sylvie Goulard, François Bayrou et Marielle de Sarnez prennent ainsi la suite d’autres ministres qui, par le passé, ont été poussés vers la sortie suite à des «affaires».

21 mars 2017 : Bruno Le Roux

Tandis que la campagne présidentielle battait son plein et que des soupçons d’emplois fictifs pesaient sur François Fillon, l’émission Quotidien révélait le 20 mars dernier que Bruno Le Roux (Parti socialiste), alors ministre de l’Intérieur, avait employé ses deux filles comme collaboratrices parlementaires entre 2009 et 2016, alors que les jeunes filles n’étaient que lycéennes et étudiantes.

Convoqué dès le lendemain à Matignon par Bernard Cazeneuve pour s’expliquer sur cette affaire, Bruno Le Roux annonce sa démission le soir-même, alors que la Parquet national financier ouvre, au même moment, une enquête préliminaire, qui est toujours en cours. Il est remplacé par Matthias Fekl pendant les deux derniers mois du gouvernement Cazeneuve.  

21 novembre 2014 : Kader Arif

Ministre délégué aux Anciens combattants des deux gouvernements Ayrault, puis nommé secrétaire d’Etat chargé aux Anciens combattants et de la Mémoire par Manuel Valls, Kader Arif (Parti socialiste) est contraint de démissionner après l’ouverture d’une enquête judiciare sur des soupçons de favoritisme qui concerneraient deux sociétés dirigées par des membres de sa famille.

Il a été remplacé par Jean-Marc Todeschini après avoir été «remercié» par le président Hollande, selon le communiqué qui avait alors été publié par l’Elysée.

4 septembre 2014 : Thomas Thévénoud

Le mandat de Thomas Thévenoud (Parti socialiste) en tant que secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur du gouvernement Valls II, fut l’un des plus courts de la Cinquième République. En effet, neuf jours seulement après sa nomination, il présente sa démission pour un «problème de conformité» avec le fisc. Il est remplacé par Matthias Fekl.

Les journaux ont, par la suite, révélé qu’il ne déclarait pas ses revenus, ne s’acquittait pas de son loyer, ne payait pas d’impôts depuis plusieurs années, et ne réglait pas les frais de stationnement de son véhicule. Face à ces accusations, Thomas Thévenoud avait plaidé une phobie administrative.

La Direction générale des finances publiques a porté plainte contre l’ancien secrétaire d’Etat le 1er juin 2015. Le 29 mai 2017, il a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour fraude fiscale et à un an d’inéligibilité.

19 mars 2013 : Jérôme Cahuzac

Ministre délégué au Budget dans le premier et le second gouvernement de Jean-Marc Ayrault, Jérôme Cahuzac (Parti socialiste) a été l'acteur d’un scandale retentissant sur la scène politique. Dès décembre 2012, le journal Médiapart accuse le ministre de posséder des sommes non déclarées sur un compte en Suisse. Pendant de longs mois, Jérôme Cahuzac campe sur ses positions, affirmant à qui voulait l’entendre, «les yeux dans les yeux» : «je n’ai pas, je n’ai jamais eu de compte en Suisse, à aucun moment».

Il a présenté sa démission en mars, après que le parquet ait ouvert une information judiciaire à son encontre, mais clame toujours son innocence. Face aux juges en avril 2013, il avoue avoir détenu un compte en Suisse, rapidement transféré à Singapour. Un an après, son ex-épouse révèle qu’il détenait également un compte sur l’île de Man.

Il a été condamné le 8 décembre 2016 par le tribunal correctionnel de Paris à trois ans de prison ferme, assortis de cinq ans d’inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale. Il a fait appel de cette décision, et est toujours libre. Après la révélation de cette affaire pleine de rebondissements, les membres du gouvernement Ayrault II ont été contraints de dévoiler leur patrimoine.

29 mai 2011 : Georges Tron

Sous les gouvernements Fillon II et Fillon III, Georges Tron (Les Républicains) était secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique. En pleine affaire Strauss-Kahn, le maire de Draveil, accessoirement adepte de réflexologie des pieds, est accusé de viol et d’agression sexuelle par deux anciennes employées municipales.

Il nie, dénonçant un complot des membres de la famille Le Pen qui vivent dans sa commune et s’opposent notamment à la construction de logement sociaux. Il est contraint de quitter son poste à la demande du Premier ministre Fillon.

La cour d’appel de Paris a prononcé, le 15 décembre 2014, un non-lieu en sa faveur. Il est toujours maire de Draveil, et a été investi par Les Républicains pour les élections législatives de 2017, décision qui a fait polémique au sein du parti.

27 février 2011 : Michèle Alliot-Marie

Pendant la révolution tunisienne, Michèle Alliot-Marie (Les Républicains), ministre des Affaires étrangères, est accusée de soutenir Ben Ali, alors encore président de Tunisie. Selon les aveux de François Fillon, elle avait autorisé la livraison de grenades lacrymogènes à la police tunisienne, et Le Canard Enchaîné avait révélé au même moment qu’elle avait passé des vacances en Tunisie avec des proches de l'ancien président tunisien.

Face à la polémique que suscite ces révélations, elle est contrainte de donner sa démission à François Fillon, affirmant toutefois n’avoir «commis aucun manquement».

4 juillet 2010 : Alain Joyandet et Christian Blanc

Sous le gouvernement Fillon II, Alain Joyandet (Les Républicains), secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, est été épinglé pour avoir loué un jet privé à 116.500 euros pour se rendre à une conférence internationale en Martinique. Il est également soupçonné d'avoir bénéficié d'un permis de construire illégal pour l'agrandissement de son logement dans le Sud de la France.  

Christian Blanc (Nouveau Centre), secrétaire d’Etat chargé de développement du Grand Paris, s'est pour sa part servi des comptes publics pour payer des cigares.

25 février 2005 : Hervé Gaymard

Ministre de l’Economie du gouvernement Raffarin III, Hervé Gaymard (Les Républicains), son épouse et ses enfants logeaient dans un vaste duplex de 600 mètres carré, loué par l’Etat à 14.000 euros par mois. L’ampleur de cette polémique le contraint à démissionner. Il est remplacé par Thierry Breton.

21 janvier 2004 : Pierre Bédier

Mis en examen dans une affaire de corruption concernant des élus des Yvelines, Pierre Bédier (Les Républicains), secrétaire d’Etat aux programmes immobiliers de la justice, démissionne du gouvernement Raffarin III. Il sera condamné à dix-huit mois de prison avec sursis dans cette affaire, nommée Delfau.

17 juillet 2002 : Renaud Donnedieu de Vabres

Après un mandat de cinq semaines, le ministre des Affaires européennes Renaud Donnedieu de Vabres (Les Républicains) quitte le gouvernement Raffarin III après sa mise en examen dans une affaire de financement illégal du Parti Républicain (aujourd'hui Les Républicains). Il a été déclaré coupable de blanchiment d’argent en 2004, et a écopé d’une amende de 15.000 euros.

2 novembre 1999 : Dominique Strauss-Kahn

Impliqué dans une affaire d’enrichissement personnel et d’emplois fictifs qui touchait la Mutuelle nationale des étudiants de France (aujourd'hui LMDE), Dominique Strauss-Kahn (Parti socialiste) donne sa démission à Lionel Jospin. Il a été relaxé dans cette affaire.

 

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