Saint-Etienne-du-Rouvray : ce que l'on sait un an après

L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, frappée par un attentat jihadiste, a rouvert en octobre. L'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, frappée par un attentat jihadiste, a rouvert en octobre.[CHARLY TRIBALLEAU / AFP]

Il y a un an, le 26 juillet 2016, deux jihadistes affiliés à Daesh entraient dans l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray, en Normandie, et tuaient à l'arme blanche le prêtre auxiliaire de la paroisse.

Une heure plus tard, après avoir blessé un fidèle et brièvement retenu en otage trois bonne sœurs, ils étaient abattus par les forces de l'ordre à la sortie de l'église. Le drame, survenu moins de deux semaines après l'attentat du 14 juillet à Nice, avait suscité une profonde émotion. Un an plus tard, l'enquête a beaucoup progressé, mais certaines questions restent encore sans réponse. 

Des tueurs qui se connaissaient à peine

Les auteurs de l'attentat, Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean, étaient âgés de 19 ans. Leurs casiers judiciaires n'indiquaient pas de condamnation, mais les jeunes hommes faisaient tous les deux l'objet d'une fiche S, pour radicalisation, après des tentatives infructueuses de départ pour la Syrie.

Adel Kermiche avait même été placé sous surveillance, assigné à résidence dans son domicile de Saint-Etienne-du-Rouvray, avec un bracelet électronique. Il le portait lors de l'attentat, commis pendant ses heures de sorties autorisées, le matin, du lundi au vendredi. 

Abdel Malik Petitjean, lui, vivait chez sa mère à Aix-Les-Bains, en Savoie, et n'était entré en contact avec Adel Kermiche que le 22 juillet, quatre jours avant l'attentat, via la messagerie cryptée Télégram. Il avait rejoint Saint-Etienne-du-Rouvray en covoiturage le lendemain.

Quelques jours plus tôt, le 19 juillet, Abdel-Malik Petitjean avait réalisé une vidéo dans laquelle il adressait des menaces à la France, à visage découvert. Le film avait été diffusé auprès des services de police mais le jeune homme n'avait pas été identifié. 

De son côté, Adel Kermiche avait posté le même jour aux quelque 200 abonnés de sa chaine privée Télégram un message prônant les attentats dans l'Hexagone, et envisageant de «faire un carnage» lors d'une attaque au couteau dans une église. 

Tout s'est ensuite passé très vite. Une fois réunis à Saint-Etienne-du-Rouvray, les deux jeunes hommes ont tourné une vidéo d'allégeance à Daesh. Le groupe jihadiste a ensuite revendiqué l'attaque.

Deux possibles complices toujours en détention

L'étude des messageries des deux jihadistes ont révélé qu'ils avaient des contacts avec d'autres membres ou sympathisants de Daesh. Abdel-Malik Petitjean était notamment en relation, via Telegram, avec Rachid Kassim, un combattant jihadiste à Mossoul.

Mais si l'attentat a clairement été inspiré et revendiqué par le groupe terroriste, les enquêteurs cherchent encore à savoir dans quelle mesure il a été directement téléguidé par la zone irako-syrienne.

Avant l'attaque, les deux hommes avaient été rejoints à Saint-Etienne-du-Rouvray par un Toulousain de 21 ans, également fasciné par la propagande de Daesh sur les réseaux sociaux. Les enquêteurs l'ont mis en examen et placé en détention provisoire, le soupçonnant d'avoir été informé du projet d'attentat. Il les avait quittés sans prendre part à l'attaque. 

La police a également écroué un homme de 31 ans, cousin d'Abdel-Malik Petitjean. Ce dernier lui rendait fréquemment visite à Nancy, et tout porte à croire qu'il lui avait parlé à lui aussi de son projet d'attentat. Si lui-même nie toute intention jihadiste, il est soupçonné d'avoir essayé de partir en Syrie, et une arme à feu a été retrouvée à son domicile. 

Un adolescent de 16 ans, dont le grand frère, proche d'Adel Kermiche, avait rejoint Daesh au Moyen-Orient, avait également été mis en examen au début de l'enquête, de même qu'un homme de 19 ans chez qui les enquêteurs avaient retrouvé la vidéo de propagande d'Abdel-Malik Petitjean. Les deux suspects avaient finalement été relâchés.

Une commune meurtrie

Alors que l'enquête se poursuit, la douleur reste vive à Saint-Etienne-du-Rouvray, petite commune jusqu'alors tranquille de 29.000 habitants. Le prêtre assassiné, le père Hamel, était très apprécié dans la paroisse, où il officiait encore malgré ses 85 ans, et son meurtre a bouleversé les fidèles. 

L'homme d'Eglise appartenait à un comité interconfessionnel auquel participait également l'imam de la mosquée de la ville, construite en 2000 sur un terrain cédé par la paroisse, pour un euro symbolique. Aujourd'hui, les communautés chrétienne et musulmane de Saint-Etienne-du-Rouvray assurent être plus unies que jamais, refusant de céder à la haine prônée par les jihadistes. 

Un procès en béatification a été ouvert en avril faveur du père Hamel. Une exception notable aux règles du Vatican, qui empêchent normalement d'entreprendre une telle démarche moins de cinq ans après le décès de la personne concernée.

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